La “dronophobie” est en nette progression

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La dronophobie, c’est un mot qui n’existe pas (du moins pas officiellement), et qui pourrait être utilisé pour décrire la peur des drones. A ne pas confondre avec la dromophobie, qui est la peur de traverser des rues ou des routes. Cette peur des drones ne date pas d’aujourd’hui, elle est en partie due à la confusion entre l’aéromodélisme et les engins militaires.

L’un des premiers incidents ?

On le doit à un activiste du Parti Pirate allemand, en 2013, avec un AR.Drone de Parrot (voir ici), lors d’un meeting politique. L’incident avait beaucoup amusé Angela Merkel : elle avait assisté au crash de l’appareil sans montrer d’appréhension. Les services de protection de la chancelière et ceux des autres pays ont en revanche moins apprécié l’incident. Il a constitué un point de départ pour la préparation de ripostes à cette nouvelle menace potentielle.

Ils sont partout !

Vous avez sans aucun doute le souvenir des multiples survols de centrales nucléaires et de Paris en 2014 et 2015, qui ont déchainé les médias pendant plusieurs semaines. Des survols présumés : il s’agissait de faux positifs pour la plupart (voir ici). En 2016, ce sont des survols de la base militaire de l’Ile Longue qui ont été rapportés. Rendez-vous compte, des drones sont venus narguer notre armée ! Mais là encore, fausses alertes (voir ici). Trop tard l’emballement médiatique a durablement ancré l’idée que les drones sont dangereux.  

Les drones tueurs

En 2017, la vidéo Slaughterbots (voir ici) montrant des nano drones automatisés et tueurs a marqué les esprits. C’était d’ailleurs le but : elle était lanceuse d’alerte. Son propos : la technologie de minuscules drones autonomes et tueurs n’est pas encore prête, mais ce n’est qu’une question de temps. Elle a bien fonctionné, trop bien même, jusqu’à réussir à persuader que ces appareils existent déjà. L’attentat présumé du président vénézuélien Nicolas Maduro, en 2018, a achevé de convaincre que les drones étaient une grave menace. Peu importe qu’il soit toujours impossible, à ce jour, de savoir si cet attentat était réel ou monté de toutes pièces (voir ici).

Les drones et les aéroports

Fin décembre 2018, l’aéroport de Gatwick au Royaume-Uni décide de fermer le temps que soit levé un doute concernant des vols de drones dans son enceinte aéroportuaire. L’écho du fait-divers enfle dans les médias, les témoignages se multiplient, les autorités assurent qu’ils sont dignes de confiance, mais les drones sont introuvables. Des suspects sont interpellés, puis relâchés. Des solutions de détection sont mises en place, sans succès. La fermeture de l’aéroport provoque le chaos dans la gestion des vols et la colère des voyageurs. A ce jour, on ne sait toujours pas s’il s’agissait vraiment de drones ou de faux-positifs (voir ici). Des incidents similaires sont déroulés sur d’autres aéroports. Ce qui est certain, c’est que les machines médiatiques (au Royaume-Uni et partout dans le monde) et administratives se sont, une fois de plus, emballées. Le résultat ? Les drones ont été encore pointés du doigt comme des appareils fauteurs de troubles. Peu importe que ce soit vrai ou pas !

« Restez chez vous »

Les mois de mars et avril 2020 ont été marqués par un nombre tout à fait inhabituel d’articles décrivant l’usage de drones par les forces de l’ordre pour prévenir la population et pour surveiller les contrevenants depuis les airs. Les haut-parleurs volants et les caméras avec zoom sont fonctionnels, cela ne fait aucun doute (voir ici). Mais ni l’un ni l’autre ne sont forcément vraiment efficaces par rapport à des solutions classiques opérées au sol. En revanche, l’impact psychologique est certain. Il est renforcé par les innombrables reportages et articles de presse parus à ce sujet, partout en France. C’était une volonté des élus et des forces de l’ordre qui ont utilisé les médias pour communiquer : le résultat a dépassé toutes les espérances. Il faut désormais compter sur la peur du « drone-flic »… et sur l’impression de nous diriger vers une société Big Brother (voir ici).

Le coup de grâce ?

On le doit à l’appel d’offres passé récemment par le ministère de l’Intérieur pour trois types de drones (voir ici). Il a très probablement été décidé avant le confinement. Mais la publication de l’accord-cadre, qui dépasse les 3,5 millions d’euros, est tombée à un moment très inopportun, alors que le gouvernement peine à fournir masques, blouses et matériel de protection pour venir à bout de la crise sanitaire Covid-19. Des drones « du quotidien », « discrets », « avec caméra thermique », pour des « missions de reconnaissance et d’observations discrètes » ? Il n’en fallait pas moins pour achever de classer les drones dans la catégorie des nuisibles et renforcer l’impression d’une surveillance de tous les instants.

Et pourtant !

Crédit : FAA

Dès octobre 2015, le ministère de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie (en charge de l’aviation civile et donc des drones) avait publié un document intitulé « Les drones civils, enjeux et perspectives ». Y figurait déjà une préoccupation, celle de l’acceptabilité des drones par le grand public. Il y était question « d’apprécier différentes problématiques de nature technique et sociétale liées tant à la sécurité, à la sureté qu’à la perception par la société de ce nouvel outil qu’est le drone ».

Améliorer la perception des drones ?

Des nombreux rapports ont proposé des pistes pour améliorer la perception de drones en réduisant l’empreinte sonore, en privilégiant les initiatives positives « drones for good ». Ajoutons que la réglementation a été durcie pour s’aligner sur les préconisations du Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale (SGDSN, voir ici) avec la loi dite « drones » de 2016. Pour améliorer la sûreté et la sécurité ? Peut-être, mais surtout pour rassurer. Ca n’a pas vraiment fonctionné. Une enquête de l’Observatoire Enedis, au printemps 2018 (voir ici), avait montré que les drones étaient décrits par les français comme « dangereux » à 59 %, et même « effrayants » à 40 %.

Le résultat ?

Il n’est pas brillant. Jamais la défiance n’a été aussi forte dans le grand public envers les drones utilisés par les forces de l’ordre, et même envers ceux des pompiers puisque malheureusement leurs appareils ne sont pas identifiables à distance. Ce n’est pas mieux pour les appareils utilisés par les pilotes professionnels pratiquant des « Activités Particulières », c’est-à-dire des activités professionnelles au regard de la réglementation. Certains m’ont confié avoir été accueillis assez fraichement lors de leurs récentes missions, pourtant réalisées à vue de très peu de badauds. Les pilotes de loisir, interdits de vol hors de chez eux en raison du confinement, sont peu impactés par la dronophobie du moment. Mais il est probable qu’ils soient rattrapés par la tendance à la sortie du confinement. L’acceptabilité des drones par le grand public a pris un sérieux coup dans l’aile ces dernières semaines. Espérons que le respect des autres, la pédagogie et la patience permettent, comme ce fut le cas jusqu’à présent, de faire accepter les drones plus facilement.

Pourquoi ?

Parce que dans le cas contraire, la crainte de l’inconnu va l’emporter, des politiques vont s’emparer du sujet, une fois de plus, et imaginer de nouvelles lois à ajouter au mille-feuille réglementaire imbuvable déjà existant…

12 COMMENTAIRES

  1. Il est déjà loin le temps où tu faisais voler un multicoptere dans le champ derrière chez toi et qu’une patrouille de gendarmerie s’arrêtait intéressée par cet objet volant et venait échanger qques propos sympathiques et intéressés avec le pilote 😯 . Si si véridique et vécu, on était en 2008, si je me rappelle bien… Aujourd’hui tu te caches et même certains clubs de modélisme qui ont pignons sur rue te refusent sur leur terrain. (Par respect je n’en citerais pas)

  2. @FPV_67, comme tu a raison, pour l’avoir vécu moi aussi, Gendarme et Pompiers discutant car intéressé
    et curieux au sujet de la machine, maintenant même si je suis en milieu rural et qu’il y a eu des débordements
    “d’un seul connard” dans ma vallée, les gendarmes me regardent plus pareil!
    Concernant la population, pas de soucis pour l’instant mais je suis dans un petit village, discret quand je vole.

  3. Je cite:
    “Parce que dans le cas contraire, la crainte de l’inconnu va l’emporter, des politiques vont s’emparer du sujet, une fois de plus, et imaginer de nouvelles lois à ajouter au mille-feuille réglementaire imbuvable déjà existant…”
    Merci Fred ! Une fois de plus, tout est dit…
    Volons heureux, volons cachés. Et TOUJOURS dans les règles de sécurité et de respect. (avec une paire de lunette ou écran de spare dans le sac, pour partager notre passions avec la maréchaussée. Si, si ! ) 😉

  4. Personnellement j’ai un certain age et je fais du drone depuis plusieurs années en indépendant ( voilures tournantes et fixes hors club de modélisme en loisir et pro ) . J’essaye toujours d’expliquer ce que je fais avec et je pratique légalement ou au plus proche de la réglementation que cela soit en loisir ou en AP. Cela dit , j’ai eu plusieurs problèmes avec des gens qui percevaient les drones comme un intrusion à leur liberté personnelle … Voir de moqueries car les drones sont perçus aussi comme des jouets pour enfants ou ados donc comme j’ai plus de 50 ans… 🙂 ) . Mais bon je laisse les moqueries des c… et je continue ma petite passion personnelle. Je crois qu’à 90 ans ( si je suis encore de ce monde) je pratiquerai toujours , quoi qu’il arrive 🙂 . J’ajouterai juste que les réglementations successives (presque une par an) depuis 2015 sont juste un peu , disons fatigantes . En espérant que la dernière européenne de juillet 2020 soit la der des ders . Amis dronistes je vous dit “bon vol” et ne faite pas attention à la dronophobie de certains, qui le plus souvent sont plus dans une forme de paranoïa généralisée.

  5. J ai collé des stickers “Police” sur mon drone, et je me suis laissé pousser la moustache, plus pb pour voler sur la prom des anglais.

  6. Fred ……. dans ce cas là, fais bien gaffe de na pas tourner le dos au drone ……… 🤣🤣 …. bon ok je ne suis pas politiquement correct, je sors ! 😂😂

  7. Ce qui est marrant c’est qu’en fin de compte la police fait appel à des télépilotes privés pour leur mission de surveillance drone . Ce que l’on voit sur le déférent reportages sur les drones et la police à la télé . Même si de beaux autocollants police sont collés dessus , le plus souvent , c’est un télépilote sans uniforme ( ni moustache , ma moustache ça date un peu quand même 🙂 ) qui fait la prestations. Cela s’arrangera peut-être avec le temps et la police nationale finira peut-être par comprendre l’importance d’avoir des télépilotes policiers dans son administration….Car Le fait d’acheter un drone et d’y coller des beaux Stickers police ne suffit pas. Sachant aussi que eux sont les seuls , en France, à avoir le droit de voler professionnellement en étant pas sous les limitations des AP (activités particulières) . Ou alors ils n’ont pas compris la réglementation ? Par contre les gendarmes ( pou une fois) semblent être un peu lotis . Des gendarmeries sont de plus en plus équipé de drones avec les véritables télépilotes gendarmes qui font avec . On essaye de nous fourguer des drones pour tout et tous alors qu’un drone c’est en fin compte un petit matériel assez limité. Par contre pour la surveillance de zone bien déterminé , disons sur des moyens surfaces de 500 m à 1 km carré , c’est un matériel adéquat . Mais pour surveiller toute une grosse agglomération ou de grandes surfaces , c’est quand même l’hélico qui est beaucoup plus performant (autonomie , performance etc etc) .

  8. Il fallait lire “différent” au lieu de “déférent ” et ” la moustache ça date un peu ” et non ma moustache , bref etc etc . Pas facile de taper avec des gants , un masque 🙂 🙂 . Je vais suivre les derniers conseils de super président Trump : s’injecter dans les poumons du désinfectant ! 🙂 Arf 🙂 . C’était les derniers conseils du docteur Trump . Je crois que je préfère crever du Covid19 que de suivre les conseils de cet imbécile … 😉 .

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