DJI, les nofly zones et les vols au-dessus de Paris

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Crédit photo : DR/Ministère de l’Intérieur

Vous avez été nombreux à me poser des questions au sujet des drones de DJI et des fameuses « nofly zones ». L’origine des questions est un article publié sur le site du Parisien (ici). Ce qu’il affirme ? « En théorie, tout survol de Paris est interdit et même techniquement impossible car le GPS de ces quadricoptères bloque les décollages à partir et à destination des zones « no-fly ». Le fabricant peut débloquer ces zones de vols interdites à la demande des autorités comme cela semble avoir été le cas lundi soir ». Qu’en est-il ?

Ce qui est exact ?

  • Paris est interdit à tout survol de drone, (sauf avec une autorisation pour le faire).
  • Le contrôleur de vol des drones de DJI peut bloquer le décollage dans les « nofly zones » sur foi des données GPS.
  • DJI peut débloquer des zones interdites à la demande des autorités.

Ce qui ne l’est pas ?

  • Le survol de Paris avec un drone de DJI est techniquement possible (sauf à certains endroits… et ils se comptent sur les doigts d’une main).
  • Les autorités n’ont pas eu à demander de déblocage pendant et après le sinistre de Notre-Dame puisque ni la cathédrale ni son environnement ne sont protégés par une « nofly zone » de DJI !

Les explications

Crédit photo : Mach 7 Drone

Il faut distinguer deux notions importantes. Il y a la réglementation française, qui interdit les vols de drones au-dessus de Paris. C’est le rôle de la P 23, qui interdit les vols de toute nature (sauf autorisations) en-dessous de 6500 pieds, soit environ 2000 mètres. A cela s’ajoute la R 275 couvrant l’Ile de France qui interdit aussi les vols. Les vols au-dessus de l’espace public en agglomération sont également interdits, ainsi que le survol de personnes (et il y a de fortes chances pour que ce soit le cas dans Paris). Pour une représentation graphique de ces zones, il y a les services Geoportail et Mach 7 Drone ainsi que les cartes OACI. Voilà pour la réglementation française. Les « nofly zones » du constructeur DJI, qui sont intégrées dans ses appareils (hormis les plus anciens) sous le nom de service GEO, sont autre chose…

Les « nofly zones » de DJI ?

Crédit photo : DJI

Ce sont des zones que le constructeur a décidé de limiter ou d’interdire à ses machines. La position GPS détectée par le drone permet de déterminer automatiquement si le contrôleur de vol autorise le décollage ou la pénétration d’une zone (quand il est déjà en vol). Voilà qui semble normal, puisque la réglementation l’impose. Pourtant ces zones ne sont pas celles précisées par la réglementation : elles s’en approchent, tout au mieux. Certaines zones sont interdites, indiquées en rouge (« Restricted Zones »). D’autres requièrent un déblocage, indiquées en bleu (« Authorization Zones »). D’autres enfin sont des zones de simple avertissement, indiquées en jaune et en orange (« Warning Zones » et « Enhanced Warning Zones »). La carte GEO répertoriant les « nofly zones » de DJI est à consulter ici.

Le cas de Paris…

Crédit photo : DJI

Mettons de côté les « Warning zones » : il suffit de cocher une case à l’écran du smartphone pour y décoller. Il y a 3 « Restricted Zones » dans Paris (au 17 avril 2019). La première couvre la surface de la prison de la Santé. Une seconde une zone plus large, de 500 mètres de rayon, est centrée… sur la prison de Santé également, elle englobe d’ailleurs la première. Une troisième interdit les vols sur une surface circulaire d’un rayon de 500 mètres centré sur le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP) de Paris. Autant l’interdiction au-dessus de la prison est facile à comprendre, autant celle du SPIP l’est beaucoup moins. Ces zones ne peuvent pas être débloquées sauf sur présentation de documents officiels à DJI.

Le cas de Paris, suite

Crédit photo : DJI

3 stades sont couverts par une « Authorization Zone ». Il suffit de déclarer le vol sur DJI GO 4 ou sur le portail de DJI pour que le vol soit possible. Ces zones « protègent » le stade Charléty, le parc des Princes et le stade Jean Bouin, avec une surface circulaire d’un rayon de 500 mètres. De nouvelles « Authorization Zones » ont été ajoutées récemment. Elles couvrent des surfaces limitées aux contours des murs de bâtiments d’état. Il y a par exemple le ministère des Armées à Balard, l’Ecole Militaire, le ministère des Armées boulevard Saint Germain, la réserve Anorgend de la Gendarmerie, le quartier des Célestins, le quartier Schomberg, les casernes Babylone, Tournon, Monge, de Lourcine, Kellermann, Exelmans, Penthièvre, Bessières, de la Nouvelle France, des Tourelles (la Piscine !), Mortier, Davout, Vérines.

Rien de plus normal ?

Crédit photo : DJI

Evidemment ce sont des zones sensibles. Mais l’Elysée n’est pas couverte par une « Authorization Zone » ou une « Restricted Zone ». Pas plus que la place Beauvau, l’Assemblée Nationale, le Sénat, Matignon, le Palais Royal, la Tour Eiffel, le Trocadéro, les Champs-Elysées, le Carrousel du Louvre, les hôpitaux sachant que certains comme Lariboisière disposent d’une plateforme hélicoptère, l’héliport de Paris, la basilique du Sacré-Coeur, etc. Ni, vous l’aurez compris, l’intégralité de l’ile de la Cité sur laquelle se trouve la cathédrale Notre-Dame de Paris… ainsi que la préfecture de Paris, le palais de Justice, l’hôpital de l’Hôtel-Dieu.

Permis vs Possible

Voilà pourquoi, bien que Paris soit totalement interdit de survol en drone (sauf autorisations) d’un point de vue réglementaire, il n’y a besoin d’aucun déblocage de la part de DJI pour survoler Notre-Dame… C’est ce qui a permis à la touriste russe Lana Sator, passionnée d’Urbex, de réaliser un cliché 360° de Notre-Dame après l’incendie avec un Mavic Pro de DJI. Une photo qui a fait le tour des médias et le tour du monde ! Elle a aussi shooté de nombreuses autres photos de l’édifice. D’après ses commentaires sur son compte Instagram, elle avait semble-t-il connaissance de l’illégalité de l’acte.

(Presque) partout dans Paris

Crédit photo : DJI

Vous voulez décoller depuis les jardins des Tuileries ? DJI ne vous empêche pas non plus de le faire. Vous savez pertinemment que ce n’est pas autorisé – mais il suffit de déambuler dans les allées du jardin un samedi après-midi pour constater que les touristes, eux, n’en ont pas conscience – ou s’en tamponnent comme de leur première batterie. Reste à savoir pourquoi le service GEO de DJI ne suit pas exactement la réglementation française, comme par exemple à Washington, une ville couverte par une immense « nofly zone » depuis qu’un appareil de DJI s’est abîmé sur les pelouses de la Maison Blanche. Les porte-parole de DJI m’ont apporté pour réponse : « le service GEO s’améliorera avec le temps ».

Une précision

Crédit photo : Pompiers de Paris

A la demande de services de l’état, DJI débloque ses drones pour des périodes de durée étendue, d’au moins un an. C’est indispensable pour que des services comme les pompiers soient en mesure de pratiquer des décollages d’urgence de n’importe où, n’importe quand et sans devoir procéder à une demande de déblocage.

Si vous voulez en savoir plus sur les différences entre Geoportail, les « nofly zones » de DJI, Mach 7 Drone et les cartes OACI, tout est expliqué ici… La réglementation française sous forme de questions-réponses, c’est ici.

15 COMMENTAIRES

  1. je confirme qu’on peut décoller dans Paris a certains endroits sans avoir de NFZ. j’ai volé « légalement » dans le 15 ème arrondissement et à part une alerte sur mon vol rien ne m’en a empêché. donc il a été facile a cette touriste de faire la même chose et comme c’est bien dit dans l’article les touristes s’en carrent la couane. ils font ce qu’il veulent . PAs vu Pas pris….

  2. Il semble que les no-fly zones soient surtout là pour protéger l’image de marque de DJI. C’est pour cela que sont empêchés les survols de sites sensibles type prisons ou centrales nucléaires, mais pas forcement tous ceux qui devraient l’être de part la réglementation.

  3. @Jules : exactement, si DJI s’adaptait à la reglementation, il y a fort à parier que ses ventes (en tout cas en France) s’en ressentiraient, en effet quel intérêt d’acheter du DJI si on ne peut voler pratiquement nulle part… cela dit, qu’en est il de Parrot ?

  4. Le problème ( des touristes étrangers et des autres télépilotes de loisirs français ) c’est que la confusion est grande entre un smarphone (ou un appareil photo, ou une petite caméra terrestre ) le plus souvent fait pour faire des selfies , photos souvenir et autres petites vidéos touristiques ou artistiques de non professionnels et …. Un drone qui ( même s’il a majoritairement cette fonction peut-être 95 % pour les drones de loisirs , excepté les racers et aéromodèles à voilures fixes qui sont plus fait pour le télépilotage que la prise de vue) n’est pas une caméra volante. Techniquement oui , mais réglementairement non ! C’est “un aéronef sans personne à bord “, donc comme aéronef il est régie par les règles de vol de l’aéronautique et surtout ses propres réglementations d’aéronef sans personne à bord ( celle de loisir et celle professionnelle). Bref un drone n’est pas un smarphone ou une caméra volante ! ( sauf techniquement) ..Bref , ce qui est loin d’être rentré dans la tête de beaucoup de télépilotes de loisirs , touristes ou pas touristes. Après peut-être faudrait il , par des moyens techniques , rendre impossible l’enregistrement d’images ( photo, vidéo) pour les drones de loisirs… Ce qui engendrerait avant tout une nouvelle réglementation pour les drones de loisirs 🙁 …Mais après tout le drone de loisir à la base c’est plus pour faire du télépilotage que de la prise de vue….Surtout qu’à l’achat le drone exclusif télépilotage revient beaucoup moins cher que le drone avant tout pour la prise de vue . Un racer de base ou autre est loin d’avoir le même prix qu’un mavic, qu’un P4 ou même qu’un Anafi . Après à mon avis DJI sera pas d’acccord pour l’impossibilité technique de faire des prises de vues . 😉 Mais c’est peut-être un retour au source du drone de loisir et du modélisme .. Le télépilotage.

  5. @Alain Devester
    Parrot s’est toujours refusé à intégrer des “no fly zone” dans ses drones. Il a toujours communiqué que la gestion de tout ça reste complexe et qu’il en va de la responsabilité des utilisateurs de se renseigner sur les zones de vol autorisées ou pas.

  6. Une question me turlupine.
    J’ai depuis peu un Mavic air.
    Mes parents en pleine campagne ont pas loin de la maison une piste d’Ulm.
    Une partie du jardin présente un “avertissement Dji” par sont dans la grande zone de la piste sur Géoportail.
    Cela va de soit si j’entends un ulm je me pose.
    Mais y a t il un risque que ces zones d’avertissement deviennent totalement interdites..?

  7. Pour Aleksi . Je ne veux pas me substituer à Fred (1 ou 2) mais disons qu’avant de regarder les no fly zone sur DJI tu devrais plutôt regarder la carte de restriction des drones de loisirs sur géoportail ! .. Si tu es dans l’alignement d’une piste ULM c’est normalement rouge donc hauteur de vol 0 = interdite pour les drones de loisirs et cela indépendamment du blocage de ton drone DJI ou pas par une zone ” no fly zone” éventuel ! Il y a 2 choses la réglementation de vol en drone de loisir en partie symbolisé par la carte de restriction loisir de géoportail et les no fly zone de DJI qui bloque seulement les drones de cette marque ! Donc en premier c’est la carte de restriction drone de loisir de géoportail et ta réglementation qu’il faut consulter ….Avant les “no fly zone” .

  8. A Geoffroy :
    Merci pour ta réponse.
    Il va de soit que la réglementation est importante surtout pour des raisons de sécurité. Le voisin fait de l’ulm a titre perso, les vols sont donc vraiment occasionnels. (je l’entends se préparer au décollage sans soucis donc pas de problème pour me poser à temps)
    Les restrictions Géoportail sont parfois peu a jour : de l’autre côté de la maison par exemple il y avait une église dans un champ il fut un temps, rasée il y a qques dizaines d’années, qui présente une réglementation interdisant aussi le survol…Sans intérêt.

    On a tous été dans l’illégalité, sans pour autant que les risque soient les même.
    Ma question portait plus sur les “no fly zone” de Dji par rapport aux raisons qui pousse Dji à interdire une zone..ou non.

  9. Les chinois se foutent complètement de notre réglementation.
    Tout comme ils se moquent royalement de leurs clients (nous) en changeant ces NFZs en permanence et sans jamais prévenir personne.
    Tout comme ils se foutent de nous quand leurs zones soit bloquent quand elles ne doivent pas le faire, soit refusent de s’ouvrir malgré une tonne d’autorisation.
    Et ils sont assez c**s pour refuser d’avoir des experts certifiés par pays.
    Ils ont juste beaucoup de chances d’avoir écrasé la concurrence.

  10. Géoportail ?
    Mais laissez-moi rire !
    Cette couche drone contient à peu près autant d’erreurs qu’une ruche d’abeilles !
    Tout est faux dans les soi-disant contours d’agglos ! Qui doivent être revus .. cet automne …
    Les hexagones pour les hameaux ou habitations isolées sont semés au gré du vent !
    Des contraintes protègent des pistes qui n’existent pas, la réglementation est bafouée dans les protections de pistes, etc etc …
    Ah mais, ils ne sont pas responsables et ne tiennent aucun compte des remontées qui leurs sont faites.

  11. Géoportail est une carte qui n’est pas une initiative privé comme les No fly zone de DJI qui je le répète est exclusivement utilisable pour les possesseurs de drones DJI. Ce n’est pas une carte officielle pour permettre aux télépilotes de loisirs de voler ou pas . . La carte de restriction loisir à faite par le ministère et l’IGN . Pourquoi cette carte ? Car les télépilotes de loisirs ne sont pas sensés dans leur cursus ( même ceux qui passe le petit exam en ligne pour les drones de loisirs de 800 gr et plus) savoir se servir d’une carte aéronautique comme la carte OACI ou même utiliser le site internet Mach7 ! La carte de restriction géoportail n’est ni une carte aéro ni une carte terrestre c’est juste une carte qui doit être utilisé en complément de la réglementation des drones de loisirs . Elle est très pratique mais elle ne peut tout matérialiser sur sa carte, à cause de la complexité de certaines zones ou même des doublons de zones à certains endroits / zone agglo interdite et zone aérienne interdite par exemple ( où là c’est la zone aérienne qui prime sur la zone agglo au niveau des règles d’interdictions ) . Elle ne détaille pas non plus ce que sont les types de zones .. Elle vous dit juste si vous pouvez voler ou pas ou à quelle hauteur ! Ce qui est déjà bien car avant 2016 il n’y avait rien pour les télépilotes de loisirs sauf la réglementation complète ou résumé sur une tablette en 10 points. Mais certains ne prennent même pas le peine de la lire et après râlent après la carte de géoportail ! Alors qu’ils ne connaissent même pas leur propre réglementation. Les 2 sont complémentaires la carte et la réglementation de loisir ! Sans l’une ou l’autre c’est inutile d’essayer de comprendre ou d’interpréter cette carte … Par contre pour ceux qui connaissent bien leur réglementation de loisir la carte de restriction est très pratique. Après c’est pas non plus interdit d’utiliser aussi Mach 7 , les différentes cartes No Fly Zone qui existent en complément mais avant tout c’est la carte de restriction avec sa réglementation de loisir . La carte No Fly zone de DJI est mondiale ! La carte de restriction des drones de geoportail est nationale car elle est une illustration juste faite pour les vols en drones de loisirs ( quoique les télépilotes pro l’utilisent aussi ( en plus de Mach7) par sa rapidité visuelle de hauteur de vol en zone ) de la réglementation française ! Donc si vous volez en France comme télépilote de loisir c’est la carte géoportail avant et les No fly zone après.

  12. C’est parfois compliqué car il y a beaucoup d’autorisations à demander selon le site. Adroneex notre société a tourné par exemple des vidéos du Sacré Coeur ou de Notre Dame de Paris. Exemples sur notre site Adroneex ou sur Hosiho site de vente d’images aériennes.

  13. À Bagatelle, près de Paris, c’est rouge donc interdit Géoportail mais il y a souvent des aéromodelistes et des dronistes qui y volent (plus en hiver ou en semaine quand il y a peu de monde)
    Quel alternative sinon pour tester son engin ?!
    Il y avait eu une expérimentation de vol 1 fois par mois dans un hippodrome (Auteuil je crois)et avec prix d’entre De 15 €, bref une solution a mon avis trop restrictive pour être satisfaisante

  14. @Rudy > il y a aussi la plaine de jeux du Polygone au bois de Vincennes.
    Sinon l’expérimentation à 2 balles se passait à l’hippodrome de Longchamp, mais ça n’a pas duré.

  15. @Alesky :
    à condition de, éventuellement si tu avis rêvé de faire quelques vues vidéos de ta maison en jouant avec la ligne jaune, de bien penser à dédier ces 4 ou 5 vidéos exceptionnelles à du visionnage privé à la maison, et de n’en parler à personne. Puis orienter la grosse majorité des vols vers d’autres lieux autorisés.

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