Covid-19 : désinfection des rues de Cannes avec un Agras de DJI

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La ville de Cannes a annoncé vouloir procéder à la diffusion de produits désinfectants par les airs pour lutter contre la pandémie du Covid-19. Une opération de désinfection du matériel urbain depuis les airs a été organisée par la mairie, et les premiers vols ont été effectués dans le quartier de la Bocca. Le drone utilisé est l’Agras-MG-1 de DJI (voir ici), opéré par la société Flying Eye, avec Thierry Masson aux commandes. Il a accepté de me parler de cette mission…

Helicomicro : Le drone utilisé est un gros porteur ?
Thierry Masson : Oui c’est l’Agras MG-1p de DJI, un appareil spécialisé dans la pulvérisation de liquides. Le but est d’épandre de manière raisonnée des produits désinfectants.

HM : C’est un engin imposant !
TM : Oui, mais c’est une machine très maniable et sûre malgré ses 25 kg. C’est vrai qu’il est gros, mais je le trouve moins impressionnant que l’Alta 8 de Freefly, pourtant plus léger. L’Agras MG-1p est assisté a l’extrême, presque comme un Phantom !

HM : Quel est le produit utilisé ?
TM : Il s’agit d’eau de Javel diluée. On peut choisir la quantité de produit que l’on désire à l’hectare. Le système de DJI gère la pulvérisation en fonction de la vitesse du drone. Un autre avantage de l’Agras, c’est la brume créée par le flux des hélices.

Crédit photo : Kim Chapiron

HM : Quelles sont les mesures de protections auxquelles tu as du satisfaire en tant qu’opérateur placé à proximité du drone ?
TM : Il s’agit de combinaisons de protection chimique à usage court et de masques a cartouches, fournis par la ville de Cannes.

HM : Est-ce que le souffle de l’appareil ne soulève pas toutes les poussières ?
TM : Pas du tout, les poussières restent plaquées avec l’action de l’eau, c’est assez bluffant !

HM : C’est efficace dans le cas du Covid-19 ?
TM : Je suis pas en mesure de déterminer s’il y a un véritable intérêt pour agir dans le cadre du Covid-19, je ne suis que pilote.

HM : Penses-tu que ce type d’usage va se développer ?
TM : Participer à cette expérience m’a permis de réaliser que la pulvérisation depuis un drone pourrait être un bel atout pour procéder à une décontamination à distance, par exemple dans le cas d’un accident industriel. Il pourrait faire partie de l’arsenal déployé dans ce type de situation pour décontaminer du personnel, du matériel, des véhicules. Les pompiers pourraient être formés et équipés pour intervenir.

Pour ou contre ?

La pulvérisation de produits désinfectants pour le nettoyage de la voie publique est un sujet qui divise. Le Haut Conseil de la Santé Publique a publié un avis défavorable, notant « son impact psychologique sur la population » mais soulignant « l’absence d’argument scientifique de l’efficacité d’une telle mesure sur la prévention de la transmission du SARS-CoV-2 » et recommandant « de ne surtout pas employer d’appareils pouvant souffler des poussières des sols de type souffleurs de feuilles ». La mairie de Cannes a décidé de ne pas suivre ces recommandations, indiquant sur Twitter que le produit est « un virucide homologué s’attaquant directement à l’ARN du virus, à base d’hypochlorite de sodium fortement dilué dans de l’eau (0,5%) ». Y a-t-il danger pour l’environnement ? Non, selon la mairie de Cannes : « Le produit est inoffensif pour l’homme, comme pour les animaux et l’environnement, car s’évaporant très rapidement ».

Buzz ou action efficace ?

L’envers du décor : les journalistes assistent au vol.

La pulvérisation de produits désinfectants depuis des drones risque fort d’être présente dans les médias, dans les prochaines semaines. Delta Drone a par exemple indiqué travailler avec la société suisse Aero41, spécialisée dans l’épandage phytosanitaire, pour la lutte contre le Covid-19 (voir ici). En l’absence d’étude scientifique probante sur cette technique de désinfection, ces actions semblent principalement destinées à la communication.

Oui mais…

Faut-il pour autant rejeter l’idée de la désinfection aérienne opérée par des drones ? Ce n’est évidemment pas l’avis du constructeur DJI, qui a participé à des expérimentations en Chine (voir ici). La méthode low-tech du coton-tige pour le très high-tech Mavic 2 Enterprise Dual, qui m’avait valu bien des moqueries (voir ici), me conforte dans l’idée qu’il est indispensable d’évaluer les propositions faites par les acteurs de monde du drone avant de leur tourner le dos, même si elles paraissent incongrues voire inadaptées.

Note : je n’ai pas trouvé de réglementation spécifique à la diffusion de produits désinfectants depuis un appareil volant – la pulvérisation de produits phytosanitaires étant un autre sujet.

6 COMMENTAIRES

  1. C’est comme un bazooka pour tuer une mouche. En équipant intelligemment une arroseuse municipale on fera mieux et plus sûr.
    Bon, c’est le buzz qui ici-même va compter plus que l’efficacité réelle. Et ça permet à certains de s’amuser en ville avec leur joujou 👎

  2. Ça sert strictement à rien de désinfecter du bitume en plein soleil…Les UV font déjà le taff.

    Les trucs à désinfecter, c’est les bancs, les portes, les loges d’immeubles…Ce genre de chose qui demande une application humaine.
    Pour le coup le drone ne sert à rien.

  3. On peut comprendre qu’en tant que pro, on soit logiquement tenté de tester ou rentabiliser du beau matos pour les pouvoirs publics. Donc si je critique, c’est avec une pointe de jalousie mais…

    Mais là…, oh, de l’eau de javel dans l’air, quand même,n’y aurait-il pas de limite à la démagogie ?

  4. On est sincèrement content pour le pilote qui gagne de l’argent et vole en ville, mais au niveau environnement et demagogie ridicule on touche le fond la quand même…

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