DJI Agras MG-1S

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DJI Agras MG-1S.

Depuis la fin 2015, le constructeur DJI s’est investi dans le domaine agricole avec l’imposant Agras MG-1 (voir ici). L’appareil est en désormais à sa deuxième génération, l’Agras MG-1S. Il s’agit toujours d’un octocoptère de grande envergure, puisqu’il mesure plus de 1m 50 de diagonale de moteur à moteur, avec des bras repliables. Ce qui lui permet de mesurer 78 x 78 x 48,2 cm plié, et de passer à 147,1 x 147,1 x 48,2 cm une fois les bras dépliés. L’engin pèse 10 kilos sans sa batterie ni sa charge utile. Il peut emporter environ 10 litres dans son réservoir. Il est pour cela équipé d’un contrôleur de vol A3 et d’ESC de 25A qui pilotent des moteurs brushless de 770W pour des hélices de 21 pouces.

Facilité d’emploi ?

DJI Agras MG-1S.

DJI assure que le pilotage est simple, d’autant que l’appareil est équipé de 3 radars qui détectent des obstacles jusqu’à 5 mètres de distance devant, derrière et sous l’appareil. D’autant, aussi, que le MG-1S peut voler de manière automatique, depuis une « Agriculture Management Platform ». Avec l’aide d’un système basé sur une technologie RTK, la précision du positionnement de l’appareil peut atteindre le centimètre !

Stabilisation

Frédéric Gex, directeur de l’Ecole
du drone Suisse, aux commandes d’un DJI Agras MG-1.

La batterie est un pack de 12.000 mAh qui assure, selon DJI, environ 10 minutes d’autonomie. Le réservoir de liquide du MG-1, le premier modèle, était équipé de lamelles de brassage destinées à éviter les embardées dues aux mouvements du liquide. « Ces lamelles ont disparu sur le MG-1S, le contrôleur de vol s’occupe désormais de stabilisation l’appareil de manière plus efficace », explique Frédéric Gex, directeur de l’Ecole du drone Suisse. « Les vols s’effectuent de préférence avec un vent qui ne dépasse pas 10 km/h, plutôt le matin, par temps sec ». La fiche technique avec les caractéristiques complètes de l’Agras MG-1S se trouve ici, sur le site de DJI.

La réglementation en France ?

L’Agras MG-1S est destiné à l’épandage pour le traitement de surfaces agricoles. Pour l’agriculture en France ? Pas vraiment, non. L’usage des drones professionnels en France est soumis à une réglementation contraignante. Un « scénario 0 » en complément des 4 autres qui constituent les bases des « activités particulières », autrement dits les travaux processionnels, aurait pu permettre aux agriculteurs de procéder à des vols simples et automatiques sous conditions. Mais il n’a pas été retenu. Il faut donc, pour un exploitant agricole, faire appel à un professionnel avec les délais qu’impliquent une prestation externe, ou satisfaire à tous les requis de la réglementation.

L.253-8

Il y a plus contraignant encore dans le cas de la pulvérisation aérienne de produits phytopharmaceutiques ! En effet, l’arrêté du 15 septembre 2014 modifié le 8 août 2016 interdit cette pratique, sauf sur dérogation accordée conjointement par les ministres de l’environnement, de l’agriculture et de la santé. Quand ? « En cas de danger sanitaire grave qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens », précise le texte. En France, l’usage de l’Agras MG-1S est donc compromis…

Direction la Suisse !

La réglementation suisse en matière de drones et de pulvérisation aérienne est beaucoup moins contraignante qu’en France. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle DJI a présenté sa solution Agras en Suisse, dans les vignobles de Blonay, en surplomb de Vevey et du lac Léman. Le MG-1S n’était pas encore disponible, Frédéric Gex a donc pris les commandes d’un MG-1 pour une démonstration d’épandage en vol à vue. Faut-il se réjouir du maintien de l’interdiction de l’épandage aérien en France ? DJI entend sans doute convaincre que l’épandage aérien pratiqué avec un drone réduit considérablement les risques sanitaires.

Détection des maladies

Philippe Vayssac, en charge de l’innovation chez Groupama Rhônes-Alpes Auvergne, en est certain : « l’agriculture va profiter de l’usage des drones. Nous les utilisons déjà pour produire un diagnostic rapide, pour ne pas dire immédiat, lors de l’évaluation d’un sinistre qui touche nos assurés.Les mêmes méthodes permettent la surveillance pour la prévention. Je vous donne un exemple. En tant qu’assureur, nous avons constaté que la prise de conscience est souvent tardive quand une maladie attaque une parcelle. C’est particulièrement vrai dans le cas d’un champ de maïs. La maladie ne démarre pas sur les côtés, de manière visible, mais à l’intérieur du champ. A pied ou même depuis un tracteur, on ne voit rien venir. Lorsque les symptômes sont visibles, c’est qu’ils ont atteint les bords de la parcelle, et qu’il est tard pour réagir ». La première mission des drones agricoles est la détection des anomalies, avec un appareil capable de filmer le visible de manière classique, mais aussi avec un capteur multispectral. Avec des vols réguliers, les images font apparaître les départs de contamination.

Et ensuite ?

L’épandage classique est aveugle : les machines agricoles traitent de grandes parcelles, y compris souvent celles qui sont saines, et nécessitent de grandes quantités de produit. « Un drone permet un épandage précis et donc plus efficace », explique Olivier Mondon, PR specialist chez DJI, « l’Agras MG-1S est prévu pour voler très bas, à quelques mètres à peine du sol ou des plants. Ses buses projettent le produit avec précision ». Il permet donc les interventions sur des foyers. L’appareil permet aussi de traiter des parcelles situées sur des terrains difficiles d’accès, notamment à forte déclivité – c’est souvent le cas pour les vignobles.

Le résultat ?

L’usage de drones est-il bénéfique ? Sans doute, puisqu’on évite l’usage intensif des pesticides, puisqu’on ne traite que ce qui a besoin de l’être, qu’on le fait avec une grande précision, et qu’on le fait à temps. L’aspect économique de l’usage des drones est évidemment important : la réduction des coûts profite d’un usage beaucoup plus modéré des produits, d’un épandage ciblé, et de l’abandon des coûteuses heures de vol en hélicoptère ou en avion dans les pays où la pratique est autorisée. Pourtant les risques sanitaires liés à l’usage de pesticides en pulvérisation aérienne restent très préoccupants – ce qui explique l’interdiction française. D’autant que la « Agriculture Management Platform » de l’Agras MG-1S offre un « Efficient Mode », mais aussi un « Intensive Spraying Mode ». La solution viendra sans doute de l’adoption de produits plus vertueux…

Une vidéo de l’Agras MG-1 en vol

D’autres photos

12 COMMENTAIRES

  1. Et la France va encore prendre 10 métros, pardon, 10 ans de retard avec son empilement de lois toutes plus inutiles et contradictoires les unes que les autres…
    Vivre avec son temps et regarder vers l’avenir,
    Les moustachus n’existent pas que dans les fédérations !
    Vive la Suisse et leur breuvage !

  2. Par contre 10min d’autonomie, je m’attendait a plus. Pour aller traiter un micro probleme au fond d’un champs c’est ok mais pour traiter tout un champs ou omblie ca, le tracteur va rester le maitre encore longtemps …

  3. Bonsoir !

    Votre article est malencontreusement truffé de fausses informations, particulièrement en ce qui concerne la réalité en Suisse. En effet, plusieurs règles s’appliquent ici aussi, et ce même si certaines “entreprises” font des démonstrations sauvages au mépris de notre législation pourtant claire en la matière. Ce mépris des règles risque malheureusement de faire beaucoup de tort à notre système pour l’instant encore assez libéral, chose dont lesdites “entreprises” seront les premières à se plaindre le jour où la vis sera serrée…

    Mais venons-en aux faits et à la réalité helvétique :

    Tout d’abord il y a l’ORA (disponible sous https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/20141955/index.html). L’article 3 et l’article 9 sont particulièrement intéressants et clairs en ce qui a trait à l’épandage (même d’eau) par des “aéronefs sans occupants” : interdit sauf autorisation en bonne et due forme de l’OFAC (notre DGAC à nous) ! L’eau larguée par un AGRAS ne peut pas être considéré comme du lest; non non, bien essayé… mais non 😉 !

    Vient ensuite, pour la partie produits phytosanitaires, l’ORRChim (disponible ici : https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/20021520/index.html) et son article 4 traitant des “usages soumis à autorisation”. Vous y verrez que l’OFAC peut délivrer une autorisation que sur feu vert de cinq (5) autres autorités de tutelles : l’office fédéral de la santé publique (OFSP), l’office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), l’office fédéral de l’agriculture (OFAG), le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) ainsi que l’office fédéral de l’environnement (OFEV).

    Il y a, à l’heure actuelle, une seule entreprise ayant obtenu toutes ces autorisations : AgroFly SA (www.agrofly.ch). Pour ce faire, une ribambelle de tests et essais ont été exigés et menés : dérives, qualité de dépôt, homogénéité de la pulvérisation, analyses de flux induits, calibrages et optimisation de la barre de traitement pour n’en citer que quelques-uns. De gros moyens ont été alloués en ressources humaines, matérielles et financières… et je sais de quoi je parle, étant à l’origine de et dirigeant cette société.

    Je lis régulièrement vos articles intéressants et complets. Je constate aussi que vous avez à cœur de transmettre des informations réelles et confirmées : cet article comporte tellement d’informations fausses que j’espère vous rendre service en vous le mentionnant.

    Quant à la situation française… le dossier avance et un groupe de travail interministériel – dont nous faisons partie – se réunit régulièrement pour parvenir à débloquer la situation !

    Stay tuned, comme on dit 😉

  4. @ AgroFly : Merci de ces précisions.

    Mais à leur lecture, je n’ai pas compris quelles étaient toutes les erreurs que j’aurais commises dans l’article…
    – Je n’ai pas dit qu’il n’y avait pas de règles en Suisse, j’ai dit que la réglementation en matière de drones ET de pulvérisation était beaucoup moins contraignante qu’en France. Elle l’est pour l’usage de drones à finalité professionnelle, c’est le moins que l’on puisse dire. Par ailleurs, pour la pulvérisation, l’OFAC peut donner son autorisation – concernant les 5 autorités de tutelle nécessaires pour que l’OFAC puisse prendre une décision, j’en prends acte. En France la DGAC ne le peut pas, ce ne peut être qu’une autorisation temporaire accordée par 3 ministères via un arrêté conjoint et uniquement “en cas de danger sanitaire grave qui ne peut être maitrisé par d’autres moyens”.
    – J’ai posé la question de l’autorisation de procéder au vol ce jour-là, il m’a été répondu que tout était ok. Je n’ai pas vérifié si DJI ou l’Ecole du drone Suisse étaient effectivement titulaires d’une autorisation de pulvérisation d’eau de la part de l’OFAC : je n’ai pas de légitimité pour le faire. D’ailleurs notez que je n’affirme strictement rien à ce sujet dans le post.
    – Je maintiens que la situation française en matière de pulvérisation phytopharmaceutique aérienne n’avance pas, et je n’ai eu aucune indication d’un quelconque changement sur le sujet de la part des portes-paroles du ministère de la Transition Ecologique et Solidaire. Si vous avez des informations à ce sujet, je prends !

    Par ce “malencontreusement truffé de fausses informations” et “cet article comporte tellement d’informations fausses”, j’ai bien perçu l’agacement dans l’argumentaire, que je comprends si la démonstration faite à Blonay n’a pas été menée dans les règles. Je vais donc poser à nouveau la question aux parties concernées…

  5. @AgroFly : Très bien, ce sera très intéressant.
    Mais j’aimerais aussi savoir où sont mes “informations fausses” puisque “l’article en comporte tellement”…

  6. Mes termes sont excessifs et mal choisis : c’est vrai et je m’en excuse sincèrement. Comme vous aviez pu le repérer, l’agacement y était pour beaucoup et j’aurai du juste faire une mise au point sur la réglementation suisse. Après relecture de votre texte, je ne peux que constater que je me suis borné sur la partie suisse et que j’ai eu peur qu’elle suggère qu’il suffit de s’acheter un AGRAS pour faire de l’epandage. Merci de m’en excuser !

  7. Pour faire un attentat au dessus d’une foule, c’est la machine parfaite pour des islamistes barbus avec des produits toxiques. Vous jouez avec le feu en présentant ce type de machine. Cela va finir par arriver, pas la peine de jouer à l’autruche, on vous aura prévenu ! Et nos politiques vont avoir bon jeu de s’emparer de cette information pour restreindre la liberté de tous même si vous n’êtes pas d’accord avec cette analyse, et ce sera trop tard.

    En fait c’est facile de faire peur aux gens en prenant quelques arguments pourris, j’aurai du faire journaliste moi ;-).

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