Lily, chronique d’une chute (et les remboursements)

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Le projet Lily a été abandonné, vous le savez. Les titulaires de précommandes attendent d’être remboursés. Que s’est-il passé depuis que les responsables de Lily ont indiqué sur leur site web l’arrêt du projet ? La société Lily Robotics a demandé le 26 février 2017 à être placée sous la protection de la faillite via la procédure « Chapter 11 » nord-américaine auprès du tribunal du Delaware. Si elle est acceptée, la société pourra finaliser ses remboursements. Si elle ne l’est pas, Lily Robotics sera définitivement fermée. Le document destiné à convaincre le tribunal du bien-fondé de la procédure « Chapter 11 », produit par le responsable de la restructuration de Lily chez Goldin Associates, est l’occasion comprendre la courte histoire de cette société.

Les débuts

Ils remontent en 2013, lorsque 2 étudiants de l’université de Berkeley ont imaginé un drone capable de photographier et filmer, résistant à l’eau, capable d’être lancé à la main, et de voler automatiquement. Le développement initial a été conduit sur les fonds propres d’Antoine Balaresque et Henry Barlow, à hauteur de 30 000 dollars, puis 2014 avec l’aide d’un investissement de 1,1 million de dollars reçu d’un groupe de business angels. En 2015, le produit a semblé suffisamment avancé pour lancer une campagne de précommandes. La société comptait alors 5 employés. Une vidéo a fait le tour du monde, montrant un drone novateur et très prometteur. Les deux étudiants ont réussi leur pari de l’époque : faire le buzz pour susciter l’intérêt des médias. La campagne de précommandes a connu un succès fou puisque les ventes ont atteint 34,8 millions de dollars pour 60 000 clients, alors que les prévisions ne dépassaient pas 5000 précommandes. La date de livraison avait été fixée à février 2016. Notez qu’il s’agir d’un système de précommandes et non pas de financement participatif via un site spécialisé comme Kickstarter ou Indiegogo.

Levées de fonds

Prototype de Lily en novembre 2015

Pour parvenir à industrialiser leur prototype, les deux étudiants ont procédé à une nouvelle levée de fonds, à hauteur de 13,8 millions de dollars, à l’été 2015, avec pour investisseur principal Spark Capital. Lily Robotics s’est offerte de nouveaux locaux, plus grands, à San Francisco. Elle a embauché Doug Chan, un ancien de Cisco et Google, pour lancer l’industrialisation de la caméra volante. Lily Robotics comptait alors 21 employés. Le choix d’un industriel pour les accompagner s’est arrêté sur le chinois GoerTek. Réalisés par l’usine chinoise, testés par l’équipe américaine, les prototypes se sont succédés, avec leur lot de soucis et de bugs. Le 17 décembre 2015, Lily Robotics a annoncé ne pas être en mesure de tenir ses engagements de livraisons dans les temps. Nouvelle date prévue : fin 2016. L’équipe était alors forte de 30 employés, avec des dépenses de 1 million de dollar par mois. Un dernier tour de table a permis de lever 4 millions de dollars supplémentaires en décembre 2015, avec l’aide de SVP Financial Group.

Le déclin

Prototype de Lily en octobre 2016

En février 2016, les prototypes semblaient opérationnels, proches d’une production. Pourtant, en avril 2016, les machines de test livrées par GoerTek n’ont pas donné satisfaction. Le 25 août 2016, les responsables ont indiqué que la production ne serait pas prête pour la fin 2016, repoussée à 2017. Les effectifs de la société étaient montés à 69 personnes ! Des licenciements ont permis de réduire la masse salariale à 41 personnes en août 2016. Les différents prototypes qui ont suivi n’ont toujours pas montré d’améliorations significatives et suffisantes pour démarrer la production. Panique à bord, d’autant que la recherche d’un repreneur, entre autres alternatives, a échoué. 900 000 dollars ont été injectés dans la société en décembre. Mais cela n’a pas suffi : Bijan Sabet, de Spark Capital, le principal investisseur, a décidé de se désintéresser de Lily Robotics. Fin décembre 2016, les responsables de Lily Robotics ont décidé de mettre fin à l’aventure. Dans le même temps, la cour de Californie déclenché une action à la suite de plaintes de clients de Lily pour publicité mensongère et pratiques commerciales trompeuses. La décision d’arrêter Lily a été rendue publique le 10 janvier 2017.

Banqueroute ?

Les deux fondateurs de Lily, devenus les deux seuls rescapés de tout le personnel, à la suggestion de Goldin Associates, ont demandé à placer la société sous la protection du « Chapter 11 ». Ce que Lily espère de cette mesure ? D’être en mesure de rembourser les clients de leur précommande, de procéder à une vente aux enchères de la propriété intellectuelle concernant le drone Lily pour valoriser la société au bénéfice de ses investisseurs, de stopper la procédure californienne et enfin de demander un plan de liquidation pour redistribuer les bénéfices d’une vente aux investisseurs. Ca va fonctionner ? C’est difficile à dire. Parmi les brevets prévus à la vente, il y a « Takeoff from Throw », le décollage depuis la main, une fonction déjà utilisée par les appareils de Parrot. Ou encore le « Multi-Stream User Tracking », soit la multiplication des outils de tracking (GPS, caméra, etc.) pour la fonction Follow me, déjà utilisée par plusieurs constructeurs dont DJI. Il y a aussi le « Land in Hand », l’atterrissage dans la main (atttttention les doigts), plus intéressant… s’il est efficace.

Les précommandes seront-elles remboursées ?

Il faut que le placement sous le « Chapter 11 » soit accepté – décision rendue le 25 avril 2017 -, et que les poursuites de la cour californienne soient abandonnées. Lily a indiqué que 29 092 clients avaient déjà été remboursés avant que ne soit lancée l’action en cour californienne. Les remboursements sont, semble-t-il, gelés tant que cette action est en cours. Il reste selon Lily 31 809 clients à rembourser, soit un peu plus de 18 millions de dollars. Il faudra ensuite la bonne volonté des sociétés qui détiennent une partie des fonds. Car la société qui a collecté les précommandes, Balanced, a fait faillite en juin 2015. Les sommes et les coordonnées des clients ont été transférées à la société Stripe. De combien les responsables de Lily disposent-ils pour les remboursements ? Les calculs sont complexes, ils concernent des sommes détenues par Lily Robotics (6,6 millions de dollars), par Stripe (8,4 millions) et par une autre société spécialisée dans la collecte de fonds, Tilt (3,6 millions), soit les 18 millions de dollars nécessaires pour terminer les remboursements.

Cette « story » Lily est celle proposée par le liquidateur, dans son document destiné au tribunal du Delaware. Ce que cela signifie ? Il est probable qu’il manque des informations importantes pour bien comprendre tout ce qui a causé le fiasco de ce produit.

Vous faites partie des clients encore non remboursés ? Déposez vos coordonnées sur le site de Prime Clerk, qui prend en charge les situations de faillite (en supposant que cela serve à quelque chose). Et croisez les joysticks bien fort… Les informations officielles se trouvent ici.

8 COMMENTAIRES

  1. Cela à malheureusement aussi valeur de monter les limites de ces systèmes de financement 🙂
    Dommage que cette voie semée d’embûches n’a pas permis de concrétiser le projet, mais quand on voit que même un Parrot s’y brise les reins je réfléchirais à deux fois avant d’investir dans notre domaine plus que compétitif 🙁

  2. on parle de millions mais au final ils était opérationnel ou pas. Le fabricant chinois va sortir sont model 🙂

  3. interessant ,
    si j additionne tout : 50 millions !!!
    pour un jouet, qui ne vole pas.
    drôle d’époque tout de même.

  4. Quel dommage, ils avaient tout pour réussir, une direction, un service compta, des commerciaux, etc, en fait il leur aura juste manqué quelqu’un qui sache faire voler le drone 🙁

  5. … le faire voler n’était pas suffisant, il fallait aussi produire des images à la hauteur de leur vidéo de démonstration, en effet il semble que les images étaient prise avec des GoPro, raison pour laquelle ils ont été attaqués en justice…
    Mon pote a été remboursé très rapidement… combien ne le seront pas…?

  6. Mort, Née Lily…
    Tres triste car c’était un beau et sympathique projet, qui a séduit plus d’un d’entre nous.
    Il faut tourner cette page car comme disait Raymond Latarjet ” Le regret est une seconde erreur ”
    En revanche, soucieux que chaque contributions financières sur ce projet puissent être restitués l

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