Filtres JSR et Freewell pour l’Anafi de Parrot, le test

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L’Anafi de Parrot (voir le test ici) a tendance, avec les réglages automatiques, à « brûler » les images, c’est-à-dire à les surexposer. Une image surexposée est très difficile à corriger. Il est plus probable qu’une image sous exposée puisse être « sauvée », même si cela ajoute des effets indésirables comme du bruit. La solution, avec l’Anafi, consiste à régler l’exposition, et éventuellement à passer en mode manuel pour procéder à plus de réglages. Mais souvent ce n’est encore pas suffisant.

Filtre à densité neutre

En haut, sans filtre
En bas avec un filtre ND32

Pour éviter la surexposition, il est recommandé d’utiliser un filtre ND (Neutral Density). Le résultat est intéressant : on voit apparaître les nuages dans le ciel, les zones trop blanches sont atténuées, dévoilant plus de détails. Les réglages automatiques de l’Anafi se débrouillent pour compenser la perte de luminosité, introduisant un effet intéressant : un flou cinétique qui permet de réduire l’effet saccadé des images à 24, 25 ou 30 images par seconde. Vous pouvez donc ajouter un filtre ND et laisser l’Anafi gérer ses réglages de manière automatique. Vous pouvez aussi passer en mode manuel pour mieux tirer parti de la caméra. Si le sujet vous intéresse, visionnez ce tutorial d’Olivier Schmitt, je vous le recommande.

Les filtres JSR

Les filtres JSR sont les premiers apparus sur le marché pour l’Anafi. Mais je ne vous les recommande pas. Ils sont lourds, et de manière inégale. Le ND4 et le ND16 pèsent 1,20 gramme, le ND8 pèse 1,49 grammes. Il n’y a pas de raison valable à ces disparités. Qui plus est la fine couche de mousse à l’intérieur du cerclage a décidé de se décoller sur le ND8, après quelques jours d’utilisation. Outre le poids, ces filtres sont épais, 4,5 mm. Pour éviter d’imposer une contrainte aux moteurs de la nacelle stabilisée (quel que soit le modèle et la marque de drone), il est préférable de fixer un filtre quand l’appareil est éteint, nacelle inactive.

Ca bloque !

Le souci, c’est que les filtres JSR ne permettent pas à la séquence d’initialisation de l’Anafi de se dérouler correctement : ils bloquent la caméra en raison de leur épaisseur, et la stabilisation échoue. Il est donc impératif, avec ces filtres, de les installer une fois l’Anafi allumé, et la caméra stabilisée. Même avec toutes les précautions possibles, on entend les moteurs de la nacelle « râler » quand on fixe le filtre. Il y a plus gênant encore. Pendant le vol, le poids du filtre semble trop élevé, produisant des mouvements brusques de la caméra, des secousses très désagréables. Faut-il acheter les filtres JSR ? La réponse, vous l’aurez compris, est non. Même s’ils sont proposés à un prix défiant tout concurrence, car chaque filtre est venu $9 par JSR sur Ebay (hors port, hors taxes).

Les filtres Freewell ND/PL

Les filtres de Freewell pour l’Anafi sont à densité neutre, mais ils se doublent aussi d’une fonction polarisante (PL). Son effet consiste à saturer légèrement les couleurs, à réduire la réflexion de l’eau (pour faire apparaître le fond), et à estomper le voile atmosphérique. Les filtres ND/PL sont donc des « 2 en 1 ». Le poids de ces filtres est de 1 gramme tout pile, ils sont donc bien plus légers que ceux de JSR. Leur épaisseur est de 4 mm. Cela fait peu de différence avec les filtres de JSR ? C’est vrai, mais en pratique, il est possible de les monter sur la caméra avant l’allumage de l’Anafi. La procédure d’initialisation n’est pas bloquée, elle se poursuit jusqu’au bout. C’est un excellent point !

Le résultat ?

Que ce soit en usage avec les réglages automatisés, ou en procédant soi-même aux modifications des paramètres de la caméra, les filtres jouent leur rôle. J’ai essayé les modèles ND8/PL, ND16/PL, ND32/PL et ND64/PL. Par une journée ensoleillée, le filtre ND16/PL donne de bons résultats avec une image qui évite les zones brûlées, conserve des nuances dans les feuillages sombres, et fait ressortir les nuages. Le filtre ND32/PL convient aussi, mais les images peuvent être considérées comme un peu trop sombres, avec une perte de matière sur certaines zones. Le filtre ND64/PL est trop actif, il est à réserver à des prises de vues particulièrement lumineuses, comme sur la neige avec du soleil. Je n’ai pas noté de secousses de la nacelle, le gramme que pèse ces filtres ne semble pas la perturber, y compris lorsqu’on l’incline vers le bas.

Et en photo ?

Peut-on photographier une cascade avec une pose longue avec l’Anafi. Oui, mais la pose ne peut pas être trop « longue ». En vol, même sans vent, l’appareil bouge, et cela introduit un flou qui rend les clichés inutilisables – ou très conceptuels. Faute de belle cascade à Paris, et pour ne pas susciter trop de curiosité devant les fontaines de la ville, j’ai utilisé un tuyau d’arrosage pour faire mes essais, au sol. Les différents clichés shootés en mode Auto ou Manuel montrent que les filtres permettent d’obtenir un effet cotonneux. Cliquez ici pour le collage des photos en plein format (attention, l’image est énorme). Mais en vol ? On obtient un effet semblable, pourvu qu’on se trouve suffisamment éloigné du sujet. En effet, la pose « longue » ne dépassant pas 1/15e de seconde, les mouvements parasites de l’appareil ne se traduisent pas, ou peu, par du flou de bougé.

Sauf avec le filtre ND1000 de Freewell

Filtre ND1000, ISO 400, 1/6e

Ce filtre, non polarisant, est destiné à des environnements particulièrement lumineux, ou à réaliser des poses un peu plus longues, de 1/2 seconde par exemple. Sympa, mais les clichés ressortent le plus souvent flous : le maintien de la position et de la hauteur n’est pas suffisamment efficace pour éviter le flou de bougé. En vidéo, le résultat est le même. Mais vous pouvez transformer l’inconvénient (un flou de mouvement) en point positif dans certaines situations. Faut-il acheter les filtres Freewell ? Oui, les modèles ND8/PL à ND64/PL peuvent vous aider à éviter des prises de vues surexposées, à ajouter un effet de flou cinétique aux vidéos, et à renforcer vos photos et vidéos sans recourir aux modes HDR de l’Anafi. Le kit que j’ai utilisé est le Bright Day Filter Kit (ND8/PL, ND16/PL, ND32/PL et ND64/PL), vendu $70 directement chez Freewell (sans le port, sans les taxes). Le filtre ND1000 de Freewell est proposé à $30.

Remarques

En mode manuel, on choisit les valeurs ISO et du shutter dans l’interface de Freeflight 6. Ce qui est étonnant, c’est que les valeurs inscrites dans le fichier EXIF des images ne correspondent pas toujours. Par exemple, une valeur fixée à 1200 ISO dans Freeflight 6 donne au final une valeur de 850 ISO, 857 pour être précis. Quelle est la valeur correcte, celle que l’on indique dans l’interface ou celle stockée dans l’EXIF ? Je n’ai pas la réponse…

La vidéo

5 COMMENTAIRES

  1. Superbe article comme d’habitude, Helicomicro reste un site incontournable pour tous les amoureux des machines volantes. Merci Fred et bonne continuation.

  2. Sans vouloir troller : il semblerait que les retours qualité concernant l’Anafi ne soient pas fameux… Fred, est-ce que tu crois que tu pourrais – sans te griller jusqu’à l’os – faire un petit point factuel là-dessus ?

  3. @ bryan : Si je me fie à mon expérience, j’ai du dépasser les 200 vols (mon compteur est à 600, mais il y a beaucoup d’allumages pour des recherches d’infos), les soucis que j’ai eu sont des erreurs de pilotage. Malgré des crashs, il est toujours d’attaque. J’ai volé au-dessus de l’eau (beaucoup), sous la pluie (peu), dans le vent, en plaine, en montagne, en vue directe, pas en vue directe… Evidemment, mon expérience ne vaut pas pour preuve.

    Si je lis les utilisateurs qui se plaignent sur Facebook, il y a de nombreux soucis de chutes, de flyaway, de pannes de gimbal. Je pense qu’il faut prendre du recul, les clients mécontents font beaucoup plus de bruit que ceux qui n’ont pas de souci et ne disent rien. D’ailleurs il y a de temps en temps des utilisateurs contents qui prennent la parole, ça fait tout bizarre, et ils se font rapidement étouffer par des réponses assez hargneuses. J’ai un peu l’impression de revivre les lancements de toutes les machines de DJI et les violentes diatribes contre la marque sur les forums, à chaque fois.

    Il y a forcément des soucis matériels et logiciels, le contraire serait étonnant. Il sera intéressant d’avoir le feedback de Parrot sur les problèmes rencontrés par les utilisateurs, s’ils veulent bien communiquer à ce sujet. Je n’ai pas d’expérience avec le SAV de Parrot, je ne me prononce pas.

    Je crois aussi qu’on fait face à une nouvelle génération de “pilotes”, ceux pour qui un appareil volant est une machine 100 % sûre, quels que soient leurs talents et leur engagement dans les vols. L’idée de panne, de perturbation radio, ce sont des anomalies inacceptables que le constructeur doit prendre en charge. Ils sont par ailleurs étrangers aux gestes basiques de vérification de l’appareil, de sa batterie, de ses hélices, de ses capteurs, avant un vol…

    Si j’avais un conseil à donner à Parrot, ce serait de mettre en place une assurance comme le DJI Care. C’est effectivement une assurance, mais avec une sorte de franchise progressive, puisque le remplacement n’est ni gratuit ni illimité : ça fait réfléchir à 2 fois avant de décoller à la hussarde. La tentation est forte avec un Anafi : on appuie sur le bouton et on décolle, si le reste va mal, c’est la faute de Parrot.

  4. c’est moi ou je trouve que la qualité des deux marques de filtres n’est pas si formidable que ça!!
    Freewell s’en sort un poil mieux mais ce flou est rédhibitoire, il vaut mieux voler sans filtres, du moins sur
    l’ANAFI.

    dommage car pour les autres multi du marché, DJI, YUNEEC, les filtres fonctionnes plutôt bien!

    Merci FRED pour ce test qui à du te prendre pas mal de temps pendant ton séjour Alpin.. 😉

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