Voyager en avion avec un drone et des batteries, les règles de 2018

30
4130

Les règles de transport de batteries contenant du lithium ont été publiées par la International Air Transport Association (IATA) en mars 2018 dans un document plus global sur les marchandises dangereuses (voir ici). Un document de simplification a été publié, en anglais, il décrit les règles d’usage pour tous les vols sur les avions destinés au transport de passagers. Il n’est pas prévu pour les vols de fret. Ce document se trouve là. N’hésitez pas à l’imprimer lorsque vous voyagez !

Ce qu’il faut en retenir ?

La classification s’effectue sur la valeur Watts-heure (Wh) de chaque batterie. Elle rarement indiquée sur les étiquettes de batteries. Elle se calcule ainsi : la charge en milliampères-heures multiplée par la tension en volts. Soit mAh x V / 1000. N’allez pas mesurer la tension de la batterie avec un testeur, fiez-vous à ce que l’étiquette indique. C’est cette valeur fournie par le constructeur qui sera prise en compte en cas de contrôle.

Valeur Wh par batterie Type de stockage ? En cabine ? En soute ? Accord de l’exploitant ?
<= 100 Wh A l’intérieur de leur appareil Oui (jusqu’à 15 appareils) Oui (pas de limite du nombre d’appareils) Pas besoin (sauf pour plus de 15 appareils en cabine)
<= 100 Wh Batterie supplémentaire Oui (jusqu’à 20 pièces) Non Pas besoin (sauf pour plus de 20 pièces en cabine)
> 100 Wh et <= 160 Wh A l’intérieur de leur appareil Oui (jusqu’à 15 appareils) Oui (pas de limite du nombre d’appareils) Oui
> 100 Wh et <= 160 Wh Batterie supplémentaire Oui (jusqu’à 2 pièces) Non Oui
> 160 Wh Doit faire l’objet d’une demande de cargo
  • Le tableau exprime les possibilités par passager.
  • La valeur de 100 Wh est la limite pour chaque batterie, ce n’est pas la somme de toutes les batteries. Il est donc possible de prendre, par exemple, 20 batteries de Mavic Pro (43,7 Wh) par personne en cabine.
  • Les appareils doivent être protégés contre un allumage involontaire, et totalement éteints (pas de mode veille).
  • Les batteries supplémentaires doivent être protégées contre les courts-circuits, par exemple avec de l’adhésif pour isoler les bornes, et ou en les plaçant dans des sacs de transport isolants.
  • Les « power banks » sont considérées comme des batteries supplémentaires.
  • A noter que les batteries doivent avoir une teneur en Lithium metal inférieure à 2 grammes.

Quelques exemples ?

  • Une batterie LiHV 1S de 220 mAh BetaFPV : 3,8V x 220 / 1000 = 0,84 Wh
  • Une batterie Lipo 3S de 5200 mAh Turnigy : 11,1 x 5200 / 1000 = 57,72 Wh
  • Une batterie Lipo 4S de 1500 mAh Charsoon : 14,8 x 1500 / 1000 = 22,2 Wh
  • Une Powerbank de 10000 mAh : 5,5 x 10000 / 1000 = 55 Wh
  • Une batterie de DJI Mavic Pro : 11,4 x 3830 / 1000 = 43,7 Wh
  • Une batterie de DJI Inspire 2 : 22,8 x 4280 / 1000 = 97,59 Wh

C’est qui, l’exploitant ?

C’est la compagnie aérienne qui opère le vol. Libre à elle d’ajouter des restrictions plus importantes que celles dictées par l’IATA, ou de les alléger comme par exemple pour le nombre maximal de batteries par personne. Un exemple ? La compagnie Volotea reprend dans ses conditions d’utilisation les règles de l’IATA, mais y ajoute une interdiction d’emport de drone, en cabine comme en soute ! (voir ici). A-t-elle le droit de le faire ? Oui. Ce qu’il est important de savoir, c’est que le contrôle des bagages en soute et en cabine n’est, en règle générale, pas réalisé par la compagnie aérienne. Ces sont les « agents de sécurité aéroportuaire » qui s’en occupent, le plus souvent des employés de sociétés sous contrat avec les gestionnaires des aéroports.

En pratique ?

Les agents de sécurité aéroportuaire sont supposés appliquer les règles de l’IATA, et y ajouter les décisions de la compagnie aérienne. En pratique, ils opèrent souvent comme bon leur semble, avec les instructions qui leur ont été données… ou en l’absence d’instructions. Le constat est simple : il est courant de voir une manière de procéder différente… entre deux chaines de contrôle des bagages en cabine, pourtant distantes de quelques mètres à peine. Il faut dire que qu’elles filtrent parfois plusieurs vols opérés par plusieurs compagnies, le tout pouvant devenir un casse-tête chinois. La plupart des aéroports de la planète fonctionnent sur le même principe.

Situations bizarres

Bien que ce soient les agents de sécurité aéroportuaire qui décident si vous pouvez prendre un drone et des batteries, il est recommandé de se renseigner au préalable sur les conditions de transport de la compagnie qui affrète votre vol. Ou des compagnies, car les règles peuvent différer sur un même voyage avec des correspondances, et vos batteries peuvent rester bloquées sur une escale ! La plupart des compagnies suivent les règles de l’IATA et leur site ne mentionne pas de règles particulières pour les drones. Pourtant nous l’avons vu, Volotea interdit les drones en cabine comme en soute. Sachez que Emirates, de son côté, interdit les drones en cabine… mais pas en soute ! Notez que des situations peuvent devenir illogiques sur le plan de la sécurité : avec certaines compagnies low-cost, il arrive que les bagages destinés à la cabine soient refoulés au dernier moment (déjà sur le tarmac) vers la soute. Dans ce cas, les batteries supplémentaires sont placées en soute… en contradiction avec les règles de l’IATA ! Si vous le signalez, vous risquez de voir les batteries confisquées. Si vous ne le signalez pas, vous êtes en infraction. Le choix est difficile !

Nos conseils ?

  • Se renseigner à l’avance sur les conditions de transport des drones et de leurs batteries par la compagnie opérant le vol. Si le site web de la compagnie ne mentionne rien, passez un coup de fil ou interpelez-la sur Twitter. S’il y a interdiction, il est recommandé de formuler une demande auprès de la compagnie, en décrivant les mesures mises en œuvre pour sécuriser les batteries.
  • Imprimer le document de l’IATA pour pouvoir le présenter aux agents de sécurité aéroportuaire, et éventuellement aussi les conditions de transport des batteries et des drones par la compagnie aérienne si elles existent.
  • Imprimer le calcul des Wh en fonction de la charge et de la tension pour toutes les batteries, pour que les agents de sécurité aéroportuaire puissent vérifier rapidement.
  • Bien isoler les prises ou contacteurs des batteries, la principale et la prise d’équilibrage, avec un adhésif, opaque pour qu’on puisse bien voir la mesure de précaution. Les sacs à Lipo sont recommandés, en plus de l’isolation. Pas tant pour leur capacité à résister à un feu et empêcher sa propagation, très discutable, mais plutôt pour rassurer les agents de sécurité.
  • Si les agents de sécurité aéroportuaire s’opposent à l’emport du drone ou des batteries, il est recommandé de rester calme, d’entamer autant que possible un dialogue courtois, en présentant le guide de l’IATA et éventuellement les recommandations de la compagnie aérienne.
  • Il se peut que les hélices soient considérées comme coupantes, donc une arme potentielle par les agents de sécurité aéroportuaire. Si vous voyagez avec des bagages en soute, n’hésitez pas  et retirez-les de votre appareil pour les placer en soute, cela permet d’éviter tout souci. A défaut, utilisez l’emballage d’origine, si vous en disposez d’un, pour rassurer.

Quelques exemples de règles selon les compagnies

Bon voyage !

N’oubliez pas aussi de consulter les règles d’usage des drones du pays dans lequel vous allez (voir ici), et les cartes des Nofly Zones, les zones interdites (voir là)… Revenez avec de belles images !

30 COMMENTAIRES

  1. Merci FRED pour cette page et ces liens plus qu’instructifs !
    PS, elle me servira même proffesionellement 🙂
    (je vous rassure pas pour les drones mais surtout pour le sujet batteries)

  2. Merci ! Sacré boulot et excellente rédaction comme d’habitude.
    Ça devient tellement compliqué que ça s’éloigne du loisir 🙁

  3. Merci Fred. En fonction de la charge? Intéressant…..

    Sur une TB48:

    Full charge: 5700mA x 22,8V = 129,96 Wh
    Déchargée: 1032mA x 22V = 22,7 Wh

    Le problème, c’est que pour démontrer le niveau de la batterie, il faut allumer tout le bazar. De plus, il est marqué en gros sur la batterie 129,96 Wh…. Donc en pratique, voyager en avion avec un Inspire, je sens la galère. Volez petit et léger qu’ils disaient….. 🙂

  4. Super article, tu as cité tous les cas de figure je pense
    A savoir que même en appelant le service adéquat de la compagnie ils ne trouvent pas toujours les réponses.
    De plus si ils les trouvent il ne peuvent pas vous donner ni le paragraphe concerné ni vous envoyer une preuve du document car c est un document « confidentiel », donc vous partez avec la quantité autorisée par téléphone mais aucune preuve pour prouver votre bonne fois aux contrôleurs.
    De même lors du contrôle on se rends compte qu ils ne sont pas très au fait de la réglementation de ce côté. Surtout sur les quantités.
    Les réactions diffèrent suivant les personnes.
    Et la discution débloque souvent la situation.

  5. vincent-dr221, en fonction de la charge signifie que la tension est différente, mais pas la capacité 😉
    pour ton calcul, garde les 5700mah de capacité et change seulement la tension mini et maxi (21v et 26.1v)

  6. @ vincent-dr221 : Ah ben oui, d’ailleurs DJI communique juste en-dessous des 100 Wh, la valeur de charge est bien choisie 🙂 🙂

  7. @HmProd, oui, ça me paraissait étrange. Du coup, ça ne change pas grand chose, on est > 100Wh à 21V avec une TB48

    @ Fred, la TB47 oui, mais pas la TB48 🙁

    Bonne journée

  8. Bel article de référence. Merci Fred.
    Je l’imprimerai pour le montrer à la sécurité au cas où.
    Pour toute contestation, je les enverrai directement à la rédaction ;-).

  9. Beau travail super complet Fred.
    Ça nous donne donc 20 batteries d’Inspire 2 en cabine max. Au delà, ça fait mal au dos (et au portefeuille !) de toutes façons… 😀

  10. Petit conseil, je prend très fréquemment l’avion avec des drones (Phantom 3 pro et 2 mavic pro, 7 batteries au total), pour éviter d’être mis systématiquement sur le coté pour une fouille du sac à dos ou sont rangée les batteries et le reste de mes affaires, je les met toutes dans petit sac de toile facilement accessible que je sort lors du contrôle des bagages (comme on doit le faire pour les ordinateurs et tablets), testé, approuvé et validé par les agents de sécurités de plusieurs aéroports.

  11. @ Bertrand : En théorie, oui. Mais il y a toujours des moyens de se débrouiller. Soit en contactant la compagnie à l’avance. Soit en retirant les hélices poiur que le drone n’ait plus un aspect drone, ce qui est assez facile avec le Dobby…

  12. Cela faisait longtemps que je me posais la question… Du coup j’ai tout compris. Merci Fred.
    Les quotas me paraissent énormes! Toujours pareil, le jour ou une batterie prendra feu sur un vol, tout ceci sera revu à la baisse avec obligation de garantir un niveau de sécurité suivant des normes précises.
    C’est quand même impressionnant!

  13. j’ai failli laisser mon Bebop2 en Namibie la semaine dernière !!!
    aucun problème à l’aller et la douane à Roissy … par contre au retour !!!
    c’est au niveau du portique à rayon X que ça a failli mal finir !!!
    ils ne voulaient pas nous laisser passer !!!
    il a fallu parlementer !!! et finalement c’est un policier qui nous a dit de passer … mais de ne pas faire voler le drone dans la salle d’attente … 🙂 MDR !!!
    on avait beau montrer les accus en disant que c’était autorisé en dessous de 100 W/h ils ne voulaient rien savoir !!!

    Merci Fred pour cet article

    en passant … pub perso pour la Namibie ici : https://vimeo.com/269700001

  14. De belles images zephyrage.
    Reste plus qu’à progresser sur le montage et sur la manipulation en douceur de ton drone parce que ça fait pas top du tout le cadrage qui bouge de manière assez brusque en permanence.
    Tes images ne s’enchaînent pas sur le tempo de la zique et les fondus sont assez maladroits.

  15. Je compte voyager avec mon Mavic Air, j’avais déjà commencé à me renseigner mais tu as fait le boulot !
    Un grand merci !

  16. @francj :
    ma vidéo est une compilation de tous nos rushs, faite automatiquement par l’Application “QUIK” de GoPro
    pour un résultat plus qu’honorable pour un truc automatique 😉

    sinon ton analyse est juste c’est pas aussi nickel qu’en le faisant avec un vrai logiciel de montage 🙂
    l’application choisie des passages … bizarres … des fois MDR !!!

  17. Bon je m’aperçois que Volotéa n’autorise pas les drones…
    J’ai emmené 2 fois mon Mavic dans leurs avions (Corfou et Espagne) sans problème (en cabine drone et batteries)
    En Espagne, au contrôle du bagage cabine, ils ne comprenaient pas ce que c’était 😉 j’ai du le déplier et ils ont passé un papier (tissu ?) réactif dans mon sac. mais je n’ai pas eu de remarque.
    Il me semble qu’ils ont des consignes à propos des LIPOS à ne pas mettre en soute (c’est le genre de question que je n’entendais pas il y a 2 ou 3 ans)
    Fred merci pour ton boulot d’explication et de vulgarisation !

  18. Allez expliquer à un agent de sécurité aéroportuaire que P = U.I ………. je vous souhaite beaucoup beaucoup de courage, énormément de patience et ……. bon voyage !! :))
    Plus sérieusement, soyez quand même hyper prudent avec les batteries en avion …. le feu est la pire chose qui puisse arriver sur un avion en vol …. et le souci avec les bagages mis en soute c’est qu’ils sont manipulés avec violence (et encore c’est un doux euphémisme).

  19. @ Laurent : A vrai dire, très sérieusement, moi non plus, je ne chercherais pas à comprendre une formule, et je ne multiplierais pas deux nombres de tête multiplié par la nombre de batteries quand il y une file d’attente… C’est pour cela que parmi mes conseils figure le fait de fournir la formule et son calcul prémâché pour chaque batterie.

    Pour le feu en soute, oui, dommage qu’il n’y ait pas obligation de protection individuelle des batteries, avec autre chose qu’un sac à Lipo. En ce moment, on se balade avec les Lipo des passagers en soute, plus celles en cargo… Sachant que le feu de Lipo est particulièrement difficile à stopper, même s’il est court, il y a de quoi proliférer…

  20. Je viens de demander à Volotea en décrivant le drone (Dobby, 199g avec batterie).
    Réponse :
    “En réponse à votre requête, nous vous informons que vous pouvez en effet emmener votre drone en cabine ou en soute”…

  21. @ bertrand : Good, demander est la bonne méthode je pense. Garde précieusement le mail en cas de souci au passage des contrôles…

  22. Sur Ryanair c’est Iata 100 et 160 Wh, par contre contrôle aller France et retour UK, c’est pas les Lipo qui les ont fait flipper (pourtant 3 batteries + power bank 10000 MAh + tablette + vapoteur …sur soi le vapoteur ! + Smartphone + TomTom + APN + Batteries APN …. ) c’est l’Osmo mobile 2 qui a fait grosse impression !!! “et c’est quoi ça ? ” , ” ça sert à quoi ? ” …”what is it ?” donc explication que c’est pour filmer au Smartphone comme Luc Besson et pas pour braquer l’équipage, et ils étaient content d’avoir appris quelque chose 🙂
    J’avais également fait mon bilan Wh sur papier, mais si comme moi on voyage à deux on peu dédoubler avec madame au cas ou (ou monsieur selon les goûts)
    Bravo pour la synthèse.

  23. Salut @Fred,

    Merci pour ce super article. Je me pose juste une question sur Easyjet. En allant voir directement sur leur site (via ton lien sur les objets dangereux), on voit que les batteries supplémentaires c’est 2 par personne max. Comment évalues-tu que c’est les règles IATA qui jouent (donc max 15 batteries par personne). Sur leur site c’est indiqué uniquement > 100Wh et < 160Wh. Du coup on prend le IATA pour ce qui est inférieur c'est ça ?

    Merci par avance 🙂

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.