Freeway Prod au-dessus du Grand Palais à Paris

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A gauche, Olivier Arnold, à droite Michaël Gisselere.

Vous connaissez déjà Michaël Gisselere et sa société Freeway Drone, qui sillonnent la France et le monde pour revenir avec des images pour les télévisions. Venu des métiers de l’image, Michaël est l’un des pionniers de la prise de vues en drone. Cette année, je suis venu assister à un vol assez rare. Il s’agissait de filmer le Grand Palais, cet édifice fait de pierre, de métal et de verre, rescapé des constructions réalisées pour l’Exposition Universelle de 1900.

Le saviez-vous ?

Il a accueilli en 1909 l’Exposition Internationale de la Locomotion Aérienne, qui faisait alors partie du Salon de l’Automobile. Le Blériot XI, l’avion héros de la traversée de la Manche, y était présenté. 7 éditions plus tard, il est devenu le Salon de l’Aéronautique ! Un petit clin d’oeil aux drones, pourtant la raison de la présence de l’Inspire 2 au-dessus du Grand Palais était tout autre : le sujet était la verrière, présentée pour le Tour de France et ses images diffusées sur France Télévisions. J’ai profité de ce vol pour poser quelques questions à Michaël Gisselere…

La vidéo

Frédéric Botton : La première édition du Tour du France avec des images de Freeway Prod, c’était en 2014. France Télévisions a donc renouvelé sa confiance pour l’édition 2017 ?
Michaël Gisselere : En fait, notre collaboration avec France Télévisions Sport et le Tour de France, c’était en 2013, à l’occasion de la centième du Tour de France. France Télévisions voulait marquer les esprits avec des nouveautés technologiques. A l’époque, ils avaient reçu pas mal de propositions de prestataires de drones pour filmer les vélos en direct. Mais le direct, nous savions que cela n’était pas encore envisageable à ce moment là. Nous savions aussi que le Tour de France, c’était le vélo mais aussi le patrimoine dont les téléspectateurs sont friands. C’est la raison pour laquelle nous avons proposé de filmer les châteaux, les villages, paysages différemment, et c’est comme ça comme nous avons décroché le contrat ! Il est vrai que France Télévisions nous a renouvelé sa confiance d’années en années, et cela depuis 5 ans. Aujourd’hui, je connais très bien le rédacteur en chef et le réalisateur, et je sais exactement ce qu’ils attendent de moi.

FB : Combien d’endroits avez-vous filmé cette année ?
MG : Nous avons filmé 19 lieux différents, en passant par le quartier futuriste de Düsseldorf, les calanques de Marseille, Pau, les Pyrénées, les Alpes, etc. C’était une très belle année et nous y avons pris beaucoup de plaisir.

FB : Il y a de nombreux opérateurs professionnels. Est-ce que certains ont essayé de vous déloger du Tour de France ?
MG : Oui, certains ont essayé, mais en vain ! Il est très difficile de se présenter chez France Télévisions et de proposer une autre prestation en sachant qu’on est là depuis 5 ans, et que ca se passe très bien. C’est une question de confiance, que nous avons gagné au fil du temps avec le réalisateur et France Télévisions.

FB : Tourner dans Paris, à proximité de l’Elysée et d’endroits très sensibles, requiert de montrer patte blanche. Combien de temps vous a-t-il fallu pour obtenir les autorisations ?
MG : Pour ce tournage au Grand palais, la demande du réalisateur était de montrer sa verrière au plus près. Avant de demander des autorisations de survol, il a fallu avoir le feu vert du Grand Palais nous autorisant à faire voler un drone au-dessus de la verrière. Ce qui n’était pas gagné d’avance. Mais étant donné que nous avions déjà travaillé avec eux sur le Tour de France en 2014 et sur le défilé de Victoria’s Secret, ils avaient confiance en nous. Ensuite, nous avons fait nos demandes auprès de la préfecture de police de Paris. Il a fallu 15 jours pour obtenir les autorisations sur un créneau horaire et journalier très précis. Nous avons tout de même eu 4 contrôles de police lors du tournage !

Crédit photo : Freeway Prod.

FB : Est-ce que la délivrance d’autorisations est devenue plus difficile ?
MG : La demande d’autorisations n’est pas plus difficile, ce qui est contraignant ce sont les autorisations de survols sur 5 jours. Or sur le Tour de France, nous avons un planning précis mais qui est susceptible de changer quelques jours avant le tournage en fonction de la météo et aussi de notre position géographique. C’est compliqué à gérer pour faire les demandes de renouvellement, mais les préfectures commencent à bien nous connaître et sont assez coopératives avec nous.

FB : Plus longue ?
MG : Non cela peut aller très vite, parfois dans l’heure. Mais parfois aussi plus de 15 jours, ceci en fonction du fonctionnaire en place. Par exemple nous avons rencontré beaucoup de difficultés pour le château de Pau alors que qu’à Versailles ou à Chambord, il n’y a eu aucun problème…

FB : Le Tour de France est-il un sésame qui ouvre des portes ?
MG : Oui, c’est une carte de visite et une énorme vitrine pour Freeway Prod, surtout à l’international grâce à son énorme audience. Mais ce qui ouvre vraiment les portes, c’est le travail et l’exigence.

FB : Etes-vous régulièrement contrôlés pendant les vols ?
MG : Oui cela arrive souvent et je trouve cela très bien, cela réduits les vols illégaux. Sur le Tour de France, nous avons rencontré énormément de gens avec des Mavic Pro ou des Phantom en train de voler sans autorisation. D’année en d’année, nous avons constaté une évolution, nous rencontrons plus souvent des gens ou des touristes avec des drones, français ou étranger. C’est encore plus flagrant depuis l’arrivée du Mavic Pro de DJI, et cela va sans doute augmenter avec le Spark.

FB : Et après les prestations ?
MG : D’une manière générale, les contrôles après prestations sont des dénonciations et là, ca s’est pas mal calmé. Peut-être que la Gendarmerie des Transports Aériens commence à connaitre notre sérieux et notre façon de travailler ! Nous faisons toujours les choses dans les règles alors c’est une perte de temps pour nous d’être contrôlés après prestation. Toutes sont faites avec l’intégralité des autorisations, c’est Christelle Bozzer qui s’occupe de toutes les démarches administratives. Sur le Tour de France, nous devons absolument avoir tous les voyants au vert car nous sommes sous les feux des projecteurs, quand tout va bien mais aussi en cas de problème.

FB : Le public qui assiste par hasard à vos prestations est-il plutôt curieux ? Méfiant ? Hostile ?
MG : Nous avons sur chaque Tour de France l’imbécile de l’année qui vient râler en s’imaginant qu’on va filmer sa maitresse sur la terrasse, alors qu’il y a un château du 18e siècle à proximité. Mais dans l’ensemble les gens sont curieux et disent souvent qu’ils ont un cousin ou un voisin qui fait la même chose, c’est assez drôle. Et puis parfois nous avons des personnes un peu hostiles. Lorsqu’on a le temps d’expliquer, mentionner le Tour de France semble une phrase magique car les gens deviennent plus coopératifs et veulent même nous aider !

FB : Quels sont les appareils avec lesquels vous tournez ?
MG : Nous avons tourné avec l’Inspire 2 de DJI et une caméra X5S. En termes d’optique, j’ai choisi le 45 mm et le 12 mm. Je n’ai pas abusé du 45 mm qui donne un effet Wescam, étant donné qu’il y en a déjà 4 sur les hélicoptères du Tour et je ne voulais pas être en conflit. Nous avons aussi tourné avec un Freefly Alta 6 et une Movi Pro pour les prises de vues intérieures en contre-plongée.

FB : Quels types d’images vous demande France Télévisions ? De la Full HD ?
MG : Ils nous demandent du Full HD, mais je tourne tout en 4K ProRes 422 HQ pour nos archives. Etant donné que je m’occupe de la post-production des images drones pour le Tour de France, je peux me permettre de tourner comme je le souhaite.

FB : J’ai vu que le pilote et le cadreur étaient connectés avec un casque et un micro. Quel est cet équipement, et pour quelles raisons ?
MG : Nous avons choisi d’utiliser le système de casque pour plusieurs raisons. La première, c’est que le pilote doit souvent se déplacer pour trouver la meilleure visibilité afin d’avoir constamment son aéronef en vue directe. Le cadreur, lorsqu’il est fixé sur son viseur, oublie son environnement et se concentre sur son cadrage sans se préoccuper de savoir si le pilote est à 5 mètres ou 100 mètres. Avec le casque et le micro, le cadreur reste avec le réalisateur et parle au pilote sans pour autant crier ou parler fort. De plus, le cadreur peut aussi aider le pilote en phase de décollage et d’atterrissage en prévenant des mouvements de personnes aux abords de la zone de sécurité. Enfin nous nous sommes aussi aperçus qu’avec ce système, les curieux qui s’approchent évitent de nous parler et ne nous dérangent plus ! Ce sont deux casques de marque Eartec UL2S UltraLITE 2-Person Headset System achetés chez B&H à New York. Ils existent en version avec 2 oreillettes aussi.

FB : J’ai aussi vu un système de parachute de type oreilles de Mickey ! Il est efficace ?
MG : C’est le système de Flying Eye, un parachute avec coupe-circuit homologué DGAC. Je ne sais pas si il est efficace en déploiement car j’ai eu la chance de ne pas avoir l’utilisé ! Mais je peux dire qu’en vol c’est le plus agréable du marché car l’Inspire 2 n’est pas gêné par la prise d’air des boîtiers. Nous avons notamment poussé l’inspire 2 en mode Sport sur le WRC Corsica. J’avais prévenu mon équipe d’y aller progressivement pour voir comment se comportait le drone avec ce système. Leur retour a été très positif, la portée de déclenchement est vraiment satisfaisante aussi. J’ai donc équipé notre deuxième Inspire 2 du même système !

FB : Sous quelles formes sont diffusées vos images ?
MG : Elles sont diffusées pendant le direct du Tour lorsque les cyclistes passent prêt d’un château ou lorsque le réalisateur a décidé de mettre en avant un parc national sans pour autant que les cyclistes passent à proximité. Jean-Maurice Oghue, le réalisateur, choisit les lieux à filmer en hélicoptère et en drone 5 mois avant le grand départ. Notre mission est de tourner des images que l’hélicoptère ne peut pas faire afin de pouvoir les mixer le mieux possible. Cette année et pour la première fois, nous avons tourné avec un 45mm, ce qui se rapproche en terme de rendu d’une Wescam. Mais j’ai veillé à proposer de filmer à très basse altitude. Le résultat a été très positif !

FB : Quels sont les lieux de tournage du Tour qui ont été les plus marquants cette année ?
MG : A mes yeux, voler sur le Grand Palais a été une très belle expérience. Mais aussi et surtout les calanques de Marseille car jamais une autorisation de survol en drone n’avait été donnée à cause de la protection des oiseaux sur le parc national. Nous avons obtenu une autorisation spéciale parce que c’était pour le Tour de France et parce que la ville de Marseille allait être sous les feux des projecteurs grâce au contre la montre. Je suis content d’avoir mené les démarches jusqu’au bout, nos images des calanques sont passées dans 190 pays à travers le monde. J’ajoute que j’ai beaucoup aimé le quartier futuriste de Düsseldorf en Allemagne.

Crédit photo : Freeway Prod.

FB : Est-il envisageable de voir Freeway Prod en 2018 aux commandes d’un drone qui filme en temps réel sur les étapes, et sur les Champs pour l’arrivée du Tour ?
MG : Cela fait 2 ans que nous essayons de faire un direct pour le Tour de France. Nous avons annulé l’an passé suite au triste événement des attentats de Nice. Il n‘y a pas beaucoup d’intérêt de le faire sur une étape en province car les cyclistes passent tellement vite qu’il faudrait mettre un dispositif trop complexe pour un plan de 20 secondes, que les hélicoptères pourraient très bien faire. En revanche, nous sommes en train de voir pour monter un direct en drone sur l’arrivée à Paris. Car là, pour le coup, les cyclistes font une boucle à 8 reprises ! Donc rendez-vous sur le tour de France 2018…

D’autres photos

Crédit photo : Freeaway Prod.
Crédit photo : Freeaway Prod.
Crédit photo : Freeaway Prod.
Crédit photo : Freeaway Prod.
Crédit photo : Freeaway Prod.

8 COMMENTAIRES

  1. Très instructif , merci Fred.
    étant fan du TDF on vois de-suite quand les images sont faites via multi-rotors, c’est plus précis, plus intimes dans la prise de vue.

  2. Le seul hic avec ce genre d’article, non dénué de publicité pour les sociétés en question; c’est que marginalement cela va et peut inciter certains à vouloir faire pareil sans les autorisations et le professionnalisme requis 🙁

  3. @ FPV_67 : Je pense avoir anglé l’entretien de telle sorte à ce que l’accent soit suffisamment mis sur les requis administratifs, pour que cela ne constitue pas une incitation à l’infraction, bien au contraire.
    Pour l’exposition de marques et de sociétés, oui, c’est le cas dans la plupart des posts ici, ainsi que dans les commentaires (qui ne sont pas de moi). Mais je considère que c’est de l’information, la publicité ayant une contrepartie financière.

  4. @Fred bien sûr que je comprends tes propos et j’admire beaucoup le travail fait par ces sociétés, continue donc à nous informer pour le plaisir des yeux 🙂

    Actuellement on voit sur beaucoup de sites fleurir des vidéos, certes toutes #légales# une fois au dessus de bateaux, de parcs d’attraction, de piscines, de ville et monuments… comment ne pas exciter certains, moins qualifiés, à le faire ???

    Pas plus tard que hier, au dessus de la forteresse de Belfort, en plein dimanche, avec des touristes autour, entre deux ponts levis un drone se baladait sans que la personne (père de famille) ne semblait gênée … 🙂 bien sûr, il ne faisait de mal à personne… C’est là le risque de contagion de toutes ces chouettes vidéos !

    Et nous les modélistes en payons les pots cassés 🙂 Mais bon cette histoire on la connaissait déjà 🙁

  5. @ Fpv_67 : Ah mais là je vois un déficit de communication de l’administration…
    On ne peut pas raisonnablement demander aux pros de se limiter dans leurs vols parce que ça peut être incitatif. Il a déjà été suggéré d’ajouter des mentions légales, du style “avec modération” “5 fruits et légumes” “pas trop gras”, genre “pas en agglomération”, “50 mètres en FPV”, “pas trop haut”. Mais on risque de se retrouver avec les 10 rappels de la notice qui scrollent à grande vitesse à la fin des reportages, voire qui sont énumérés en speedy à la manière des contre-indications des médicaments.
    J’espère que ce déficit sera en partie comblé avec la notice imposée (qui devrait déjà être fournie) et la formation théorique QCM, les deux (seules ?) mesures qui me semblent pertinentes dans la loi d’octobre 2016.

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