AirMap, DJI et 3DR

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Le service AirMap, lancé en décembre 2014, répertorie les zones sensibles sur des cartes à destination du grand public et des constructeurs. Nous en avions parlé ici. Après une levée de fonds de 2,6 millions de dollars, la société vient d’annoncer deux accords majeurs avec des constructeurs de multirotors, 3Drobotics et DJI. Le principe ? airmap-1-02Pour éviter que des drones ne se retrouvent à proximité d’avions au décollage et à l’atterrissage, à proximité des aéroports, – ce sont les « near-miss » dont on entend souvent parler, AirMap fournit des cartes indiquent les zones dans lesquelles il n’est pas question de voler.

Les autres zones

Les aéroports ne sont qu’un exemple parmi beaucoup d’autres zones sensibles. AirMap se prévaut d’en répertorier bien d’autres, comme les hôpitaux, les prisons, les parcs nationaux. Et va même plus loin en introduisant la notion de temps réel : les interdictions temporaires de vol sont également prises en compte par AirMap. Ce qui permet de déclarer des zones interdites sur les théâtres d’accidents et d’incendies, là où se déroulent des événements sportifs. Partout, en fait, où des drones ont été accusés d’entraver le travail des secours et des forces de l’ordre, ou de perturber des manifestations. Il faut bien évidemment que le multirotor soit connecté, d’une manière ou d’une autre, à Internet pour profiter des données en temps réel. Les deux partenariats annoncés par AirMap ont probablement profité des recommandations émises par les différentes administrations, notamment aux Etats-Unis et en France.

3Drobotics

Dsc_0082-600Le premier à avoir annoncé un partenariat avec AirMap est 3Drobotics. Chris Anderson, le cofondateur de la société, avait indiqué dans une interview qu’il nous avait accordé : « Peut-être êtes-vous proche d’un aéroport, et […] être attentif même si vous avez le droit de voler. Ou peut-être que quelqu’un dans cette zone a demandé à ce que les survols de drones soient interdits. En tant que constructeur, nous pouvons vous interdire de voler […], et nous le ferons. Ce sera la fin des survols de centrales nucléaires ». Dans un communiqué de presse, il a ajouté « Nous avons rendu les drones faciles à piloter. Maintenant, nous voulons rendre le pilotage aussi sécurisé qu’il est facile. Compléter l’application du Solo avec les informations de l’espace aérien en temps réel, fiables, nous permet d’améliorer l’éducation des pilotes ».

Rouge, orange, vert

3dr-airmapL’application du Solo comprendra des informations basiques : un rayon de sécurité autour des aéroports, des parcs nationaux, des bases militaires. De prochaines évolutions du logiciel ajouteront des fonctions plus poussées comme la réglementation locale, en plus des lois fédérales américaines. Elle va proposer ce que Chris Anderson nous avait confié vouloir proposer : une signalétique ultra-simplifiée. « Ce à quoi nous aspirons, c’est de pouvoir renvoyer une information simple : rouge, jaune ou vert. Rouge signifie que non, vous ne pouvez pas voler. Vert indique qu’il est possible de décoller, tout en restant sous une hauteur de 122 mètres et en vue directe. Jaune veut dire qu’il faut prendre en compte d’autres informations avant de voler ».

DJI

airmap-1-04Le constructeur chinois proposait déjà la fonction « No Fly Zone » depuis 2013, une limitation des vols destinée à assurer la protection des aéroports (voir ici). La multiplication des rapports d’incidents a conduit le constructeur à perfectionner son outil pour qu’il devienne plus efficace. Son nom : GEO (Geospatial Environment Online). C’est un nouvel outil logiciel de geofencing qui vient d’être annoncé par DJI à l’occasion de la Drone World Expo qui se tient à San Jose en Californie. Geofencing ? Ce terme anglais signifie littéralement « clôture géographique ». La traduction de DJI est géorepérage. Il s’agit d’un mur virtuel destiné à interdire les vols dans certaines zones. Pour faire simple, les engins de DJI (Phantom et Inspire) équipés du système GEO ne décollent pas lorsqu’ils se trouvent dans une zone déclarée comme impénétrable, et ne peuvent pas y entrer s’ils sont déjà en vol.

Amélioration

Le service GEO devrait fournir des informations en temps réel sur des limitations temporaires, comme des « feux de forêt, événements sportifs, transports de personnalités, et d’autres événements temporaires ». DJI ajoute que « le système GEO va aussi inclure, pour la première fois, des restrictions sur des endroits comme les prisons, les centrales électriques, et d’autres zones sensibles où l’usage de drones soulève des préoccupations de sécurité hors aéronautique ». airmap-1-01Comment faire pour un professionnel qui obtient les autorisations de voler ? Ou un particulier qui désire voler dans un endroit clos mais situé dans une zone interdite de vol ? Il sera possible de débloquer la barrière virtuelle, via le compte DJI sous lequel est enregistré le multirotor.

Des précisions ?

Les conditions exactes ne sont encore très claires, voici ce qu’en dit DJI : « Pour s’accommoder de la grande variété d’usages autorisés, le nouveau système va aussi permettre à des utilisateurs dont le compte DJI est vérifié de débloquer temporairement ou d’autoriser les vols à certains endroits. La fonction de déblocage ne sera pas disponible sur des zones sensibles pour des raisons de sécurité nationale comme à Washington DC et d’autres endroits interdits. Le déblocage requerra un compte utilisateur DJI vérifié avec une carte de crédit ou un téléphone mobile. DJI ne collectera pas ces informations et le service sera gratuit. Le compte vérifié, requis uniquement lorsqu’un utilisateur désire voler dans une zone qui peut poser un problème de sûreté ou de sécurité, permet de gérer la responsabilité dans le cas où ce vol devrait par la suite faire l’objet d’une enquête par les autorités ».

Quand ?

airmap-1-03DJI assure que le service GEO sera inclus dans les mises à jour logicielles de décembre, pour les Etats-Unis et l’Europe. Pourtant, les cartes de AirMap ne concernent pour l’heure que les Etats-Unis. On peut se demander comment seront déterminées les zones interdites de vol. Tout dépend, en fait, des sources sur lesquelles repose la déclaration des zones interdites. Selon son site web, AirMap est partenaire de la Small UAV Coalition et du NASA Unmanned Traffic Management program, mais pas de la FAA aux Etats-Unis, ni de la DGAC en France, ni des autres administrations. Un onglet incite les gouvernements à venir s’inscrire sur le site pour y préciser leurs zones interdites. Bien sûr bien sûr… Ceci n’est pas tout à fait protocolaire. On espère que des discussions plus officielles sont d’ores et déjà engagées, aux Etats-Unis et dans le reste du monde…

Ce qu’on pense ?

Les avis au sujet du geofencing façon Solo et GEO seront bien évidemment très partagés. Ces outils permettent en théorie d’éviter les survols de zones à fort risque, comme les aéroports, par des pilotes mal informés, indélicats, ou tout simplement des débutants en panique. Ou la livraison d’objets dans une prison par des malfrats qui s’essaient à la high-tech. Ou les prises de vues dans des zones touristiques et hyper fréquentées par des touristes en goguette. airmapgoCe qui est une excellente chose. L’intérêt est plus grand encore lorsqu’il s’agit de faire respecter des interdictions temporaires, pour protéger les services d’urgence sur un incendie, par exemple. La pertinence des outils de DJI et 3Drobotics et leur pérennité reposent principalement sur le service AirMap, la manière dont il acquiert ses données, et la rapidité avec laquelle il redistribue l’information vers ses clients, 3Drobotics et DJI. On attend de voir si les zones proposées en France seront en accord avec celles dictées par la réglementation française. Un exemple ? Les zones CTR en France seront-elles déclarées comme zones interdites et donc impraticables ? Et les agglomérations ? Les emprises d’aéroports seront-elles conformes à la réglementation ou sous la forme de zones en cercle plus faciles à gérer ? Les différentes strates (layers) du service AirMap seront-elles utilisées ? On pense notamment à la protection des propriétés privées déclarées sur NoFlyZone.org, partenaire de AirMap ? Les bidouilleurs malins pourront-ils outrepasser le système de blocage sur les Solo, les Phantom, les Inspire ? Le débat promet d’être intéressant…

Le communiqué officiel de 3Drobotics se trouve ici.
Le communiqué officiel de DJI se trouve ici.
Le site de AirMap est là.

Merci beaucoup à David (forum DJI Phantom &  Inspire) pour la primauté de l’info DJI !

9 COMMENTAIRES

  1. Si les CTR sont déclarées impraticables, je peux fermer la boite, c’est 80 % de mes vols. Grosse niaiserie, ce truc.. Le jour où les autorités feront appel à un presta pour un accident par exemple et que la machine restera clouée au sol, ils auront l’air malin d’avoir autorisé le verrouillage de la zone. On aurait des politiques qui permettraient ça ? 😉

  2. A l’heure actuelle DJI fournit, au travers d’une procédure très précise, des firmware pour déverrouiller notamment les NFZ. Ces firmware retirent cette limitation justement pour les services officiels qui ont besoin de décoller de n’importe où. Disponible aussi pour les entreprises qui en font la demande mais après avoir rempli certaines conditions et un peu de paperasse. Mais après ce qui est arrivé à Paris, je ne connais pas le futur de cette procédure.

  3. J’ai quand même du mal à comprendre qu’un tel procédé de bridage soit en place sur les Drones qui n’ont pas fait de victimes (pour le moment) et qu’on ne fasse pas de même avec l’automobile qui tue chaque jour !
    Les radars, c’est juste pour faire de l’argent facile mais sauver des vies serait dans un premier temps de limiter électroniquement les voitures à la vitesse réglementaire.
    J’ai surtout, et encore, le sentiment que voler avec un multi sera difficile si on est pas un professionnel ou une grosse entreprise.
    Ainsi on va cloisonner les Hobbyistes que nous sommes à des terrains de modélisme traditionnel et les Pro pourront exploiter le reste de la surface.

    Je reste persuadé qu’il faut des règles mais aussi apprendre aux gents à être responsable.

  4. Pour les CTR il faut établir un protocole avec le gestionnaire de l’espace aérien concerné, c’est lui qui fixera les modalités à respecter, s’il faut appeler la tour de contôle ou non, les hauteurs de vol etc…

  5. @ HEY, j’ai un accord avec la CTR (Protocole) et j’appelle la tour avant et après la mission, même pour une test d’hélice de 30 secondes. Hauteur maxi 45 pieds. Pendant ce temps, des boites de prod venues de Paris ne s’embêtent pas avec ces futilités, et volent dans la CTR à 2 km des pistes, en toute illégalité.

    @ Droone : non, on ne peut plus apprendre à être responsable, on les a tellement déresponsabilisés la population française ses dernières années, que ce soit pour la bouffe, la route, la météo , en mettant des étiquettes, des couleurs, des alertes, que si on demande au gens de faire appel à leur bon sens, on risque d’être surpris, sauront pas faire.

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