Conflit en Ukraine : les brouilleurs GPS moyenne et longue portée

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Le 17 mars 2022, l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) a publié un bulletin alertant sur un nombre croissant de problèmes avec les outils de positionnement satellite. Il fait suite à de dégradations de GNSS (Global Navigation Satellite Systems) constatées par Eurocontrol, un réseau d’analystes et des rapports open source, dues à des brouillages intermittents des fréquences de réception des signaux satellite. Les régions touchées sont l’oblast de Kaliningrad, une enclave russe dans le nord de l’Europe, l’est de la Finlande, en mer Noire et dans l’est de la mer Méditerranée, Chypre, en Turquie, au Liban, en Syrie, en Israël et dans le nord de l’Iraq.

Comment ?

R-330Zh Zhitel. Crédit photo : Denis Abramov

Le bulletin d’alerte du 17 mars 2022 décrivait des incidents qui se sont développés depuis le 24 février 2022, date de l’attaque russe en Ukraine. Il laissait peu de doute quant à l’origine des brouillages, mais il ne s’appuyait pas sur des preuves matérielles. On en sait un peu plus désormais, grâce au site Oryx, qui documente (avec photos) les pertes matérielles de part et d’autre des belligérants. Il a répertorié la capture et la destruction de plusieurs véhicules de brouillage de radars (Borisoglebsk-2B), d’un véhicule de brouillage de téléphonie mobile GSM et de GPS (Zhitel) avec une portée de 20 à 30 km. Et puis la capture d’un module de brouillage longue distance, le Krasukha-4. La prise a été faite près de Kiev, selon le compte Twitter Ukraine Weapons Tracker.

Longue portée ?

Le Krasukha-4 capturé sans son camion porteur. Crédit photo : Ukraine Weapons Tracker

Le Krasukha-4 est, selon les experts, destiné à brouiller les radars et les satellites sur de longues distances, jusqu’à 250 kilomètres. Est-il en mesure de brouiller des signaux GPS ? Bien qu’il soit prévu pour s’attaquer aux satellites de prises de vues en orbite basse, sous les 2000 km d’altitude, il est capable de brouiller les signaux en provenance des satellites qui évoluent bien plus haut. C’est le cas de ceux sur lesquels reposent les GNSS, comme le GPS américain, Galileo européen… et Glonass russe ! qui évoluent vers 20000 km d’altitude. Selon Business Insider qui cite The Telegraph, le Krasukha-4 capturé a été envoyé sur la base américaine de Ramstein en Allemagne puis aux Etats-Unis pour être étudié. 

Quels sont les risques ?

Le pouvoir de nuisance de brouilleurs GPS avec une portée de plusieurs dizaines de kilomètres est élevé. Ils sont capables de causer des dysfonctionnements de tous les systèmes reposant sur les GPS. Cela concerne l’aviation, bien sûr, mais aussi toutes les infrastructures de secours, les objets connectés comme les stations météo, certaines usines. Et les drones, bien sûr !

Ma réception GPS est mauvaise…

C’est encore un coup des russes ? Probablement pas, parce qu’il faut tout de même relativiser : il y a peu de chances d’être confronté à des brouillages GPS en Europe de l’ouest. Cela reste une possibilité, surtout en période de conflit, que constructeurs… et usagers doivent garder à l’esprit. Si votre système GPS semble en difficulté, vérifiez plutôt un éventuel effet “canyoning”, c’est-à-dire l’obstruction de la vue du ciel (et des satellites) par des obstacles : le relief, le feuillage, des bâtiments ou des personnes…

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3 COMMENTAIRES

  1. Et aussi le fait que l’activité solaire est en nette augmentation, depuis prés d’un an nous constatons assez souvent des indices KP supérieurs à 4 ou 5 et nous atteignons même 6 ponctuellement …… c’est très mauvais pour la qualité de positionnement et assez handicapant quand nous envisageons des travaux de photogrammétrie géoréférencés !
    Et nous ne sommes pas encore au pic de l’activité (normalement d’ici 2 à 3 ans) où nous risquons du KP de 6 à 9 !!!

  2. @ Laurentr2008 : Tu as des mesures sur tes vols qui montrent le lien entre Kp et augmentation de l’erreur de positionnement ?

  3. Sur les vols eux-mêmes, je n’ai pas encore pris la peine de faire des essais “sous KP important” pour vérifier les erreurs de positionnement induites (le but étant surtout d’éviter ces périodes là pour bosser) mais en revanche je peux te renvoyer vers l’excellent outil en ligne (et gratuit de surcroit !!) : http://www.gnssplanningonline.com, qui permet en renseignant sa position et pas mal d’autres paramètres de connaitre sur 6, 12 ou 24 heures les conditions “GNSS” du lieu où l’on projette de bosser.
    Bon l’outil est assez technique (quoique accessible moyennant un peu d’attention) et principalement destiné au “monde photogrammétrie / géomètre / topo” mais super utile, il te donne la valeur de DOP (valeur sans grandeur mais significative de la précision ou imprécision de ton positionnement GNSS) et c’est d’ailleurs dans la partie “Graphiques” le tableau le plus utile.

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