Drones, missions de secours de sécurité civile avec DJI et les pompiers français

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Eric Rodriguez, chargé de la veille, recherche et innovation pour le SDIS 13.

DJI a réalisé l’interview d’Eric Rodriguez, un pompier français qui s’est investi dans l’usage des drones pour la lutte contre les incendies. L’interview a été publiée sur le site de DJI, en anglais. Je vous propose ici la version française originale de l’entretien mené par DJI ! 

DJI : Bonjour Eric Rodriguez, pouvez-vous vous présenter ?
Eric Rodriguez : Je suis chargé de la veille, recherche et innovation pour le service départemental d’incendie et de secours des Bouches du Rhône (SDIS13). A ce titre, j’assure la gestion de l’unité opérationnelle drones de l’établissement, constituée de 10 télépilotes et une dizaine d’appareils grand public et professionnels. Je représente également la Sécurité Civile au sein du Conseil des Drones Civils, auprès de la DGAC, et j’interviens régulièrement en tant qu’expert auprès de la direction de la protection civile européenne, DG ECHO.

DJI : Dites-nous comment vous avez été exposé à des drones pour la première fois
ER : Je suis tombé un peu par hasard dans le domaine du drone. Déjà en charge de dossiers innovants, c’est en 2014 que j’ai été missionné pour mettre en place une unité drones au sein de notre structure sur la demande de notre autorité administrative. Sans cursus aéronautique, j’ai eu la chance de bénéficier du soutien de personnels du SDIS13 ayant déjà une expérience dans ce domaine, à titre privé.

DJI : Pouvez-vous nous parler du programme de gestion des drones mis en œuvre dans votre SDIS?
ER : L’unité drones est composée de 10 télépilotes, par ailleurs pilotes d’avion ou d’hélicoptère pour certains, ou titulaires du certificat d’aptitude aux fonctions de télépilote de drone. Un télépilote est d’astreinte quotidiennement et susceptible d’intervenir dans le département 24/24 ou hors département en cas d’aide mutuelle auprès d’autres SDIS. Nous avons la chance de posséder un véhicule dédié appelé VRR, véhicule de reconnaissance robotisée, unique en France, capable de transporter une dizaine de drones, de réaliser des images en photogrammétrie et de diffuser les prises de vues sur un écran extérieur. L’engin est également doté d’un système de panneaux photovoltaïques qui lui confère une autonomie électrique de plusieurs heures. Au-delà de l’aide apportée au commandant des opérations de secours, chaque mission drone est retransmise en temps réel vers notre centre opérationnel départemental d’incendie et de secours, CODIS, grâce à une solution de streaming. Cette fonction est devenue au fil de temps prépondérante car elle permet à cet organe décisionnel de visualiser l’évènement, mieux le comprendre et établir des arbitrages le cas échéant.

DJI : Combien de collègues de votre SDIS travaillent sur le programme de drones et quels sont les rôles de chaque membre, pilote, coordinateur de commandement, responsable de mission ?
ER : Pour la majorité des opérations, le télépilote est capable d’effectuer seul sa mission. Chaque opérateur est néanmoins tenu de me contacter, en tant que conseiller technique, avant chaque opération afin d’étudier la zone d’intervention et évaluer les risques. En cas de renfort extra départemental, le télépilote est associé à un officier de liaison qui fera la jonction avec le commandant des opérations de secours local, voire les autorités aériennes.

DJI : Quelle flotte de drones DJI utilisez-vous le plus et pourquoi ?
ER : L’unité drones du SDIS13, comme beaucoup de nos homologues, utilise régulièrement le Phantom 4. Il est à la fois facile d’utilisation, robuste, résilient et à un tarif très raisonnable. Une de nos prochaines acquisitions devrait être le Mavic 2 Enterprise Dual. L’importance de bénéficier d’une caméra thermique est une évidence pour un service incendie, qui, en plus de la lutte contre les incendies, doit fréquemment procéder à des recherches de personnes de nuit. Dans ces situations d’urgence, en particulier s’agissant de personnes vulnérables, il est important de réagir vite et de mettre toutes le chances de notre côté pour retrouver les victimes. Ce sont du reste des opérations que les sapeurs-pompiers doivent gérer seuls la plupart du temps, alors l’appui de la technologie n’est pas superflu.

DJI : Sur quel type de mission travaillez-vous avec des drones ?
ER : Toute opération de secours qui nécessite une reconnaissance peut être sujette à l’emploi d’un drone. Le drone est devenu non seulement un outil de renseignements terrain mais, comme les robots terrestres, il permet de réduire le niveau d’exposition aux risques des intervenants. Le drone de sécurité civile est en train de prendre son envol, oserai-je dire.

DJI : Vous avez publié un ouvrage intitulé « Drones, missions de secours de sécurité civile », pouvez-vous en décrire le contenu et qui sera intéressé par la lecture de l’ouvrage en termes d’audience ?
ER : Ce manuel est prioritairement destiné aux opérateurs de sécurité civile. Il évoque notamment le cadre dérogatoire lié aux opérations de sauvetage et de secours. Pour autant, parce qu’il expose plusieurs retours d’expérience, et qu’il présente de façon simple et pragmatique les procédures opérationnelles de vol, il peut intéresser différents profils d’utilisateurs.

DJI : Vous attendez-vous à ce que les sapeurs-pompiers français adoptent la technologie des drones conformément aux meilleures pratiques et recommandations que vous partagez ?
ER : Après des débuts qui ont pu diviser les opinions, je pense que la communauté sapeurs-pompiers de France est à ce jour unanimement convaincue de l’intérêt d’employer des drones. Franchir le pas aujourd’hui repose à mon sens sur une décision administrative et financière. Mais je suis sûr que les autorités qui nous dirigent prendront conscience de la plus-value que ces appareils peuvent apporter en termes de performance opérationnelle, communication et réduction des risques notamment.

DJI : Pour vous, quelles sont les difficultés que rencontrent les pompiers français pour adopter la technologie des drones aujourd’hui ?
ER : Si la règlementation a pu être considérée comme un frein pour certains, je crois au contraire que si la France est un exemple européen dans l’usage du drone, en particulier sur des opérations de protection civile, c’est grâce à l’existence d’un cadre juridique. Il permet de garantir la sécurité aéronautique, tout en protégeant les opérateurs, en fixant des limites claires. Le nouveau règlement européen devra également nous permettre d’appréhender cette discipline avec davantage de souplesse sur certains aspects, notamment la formation. Notre rôle est aujourd’hui de travailler avec les autorités en charge de l’aviation civile afin de déterminer le champ du possible.

DJI : Pensez-vous que l’utilisation de drones à Notre-Dame a amélioré la perception du rôle décisif que les drones peuvent jouer dans la sécurité publique ?
ER : Ce n’est pas la première fois qu’un service d’incendie et de secours utilise des drones sur une opération, et nous en savons quelque chose. En outre, c’est la première fois que cet engagement revêt un caractère aussi médiatique. Ce retentissement est davantage lié au contexte qu’à son innovation opérationnelle. Pour autant, on ne peut que se satisfaire que ce coup de projecteur sur ces nouveaux équipements qui peuvent, sans aucun doute, faire évoluer significativement notre façon de gérer une opération.

DJI : Quel est pour vous l’avantage concret le plus pratique d’utiliser des drones pour la sécurité publique ?
ER : Employer un drone c’est prendre de la hauteur, et ce recul est nécessaire pour prendre de meilleurs décisions. La perception claire d’un évènement et de ses enjeux est primordial.

DJI : Etes-vous satisfait de la nouvelle réglementation européenne sur les drones? Quel impact cela aura-t-il sur vos opérations ?
ER : Il est trop tôt pour juger de l’impact de la nouvelle réglementation européenne. Mais si on s’appuie sur l’esprit du texte qu’a voulu insufflé l’Europe, on comprend que la tendance est à la démocratisation du drone tout en s’assurant qu’il ne devienne un danger pour les autres usagers de l’espace aérien. C’est une noble vocation, qui rejoint pleinement notre volonté de développer l‘usage des drones en missions de secours.

DJI : Que pourrait faire DJI pour vous simplifier la vie ?
ER : Réduire le prix de vente de ses appareils pour les services de secours. Plus sérieusement, toutes les options intéressant les pompiers existent sur les modèles proposés sur le marché (caméra thermique, haut-parleur, leds, etc.). Bénéficier d’une sortie vidéo HDMI sur les stations de pilotage pourrait néanmoins être une avancée. Transmettre les images aériennes en temps réel vers un serveur web est devenu indispensable afin de partager l’information.

DJI : Quel serait votre drone de rêve pour les opérations de lutte contre l’incendie ?
ER : Allier performance, fiabilité, et tarif serait idéal. Ces critères ne sont pas toujours compatibles mais nous obtenons néanmoins de très bons résultats avec des appareils grand public. Ils ont pourtant leurs limites et nous avons la chance de bénéficier également d’appareils professionnels. Le luxe, c’est toujours d’avoir le choix.

DJI : Quelle technologie aimeriez-vous voir sur un drone qui vous aiderait dans vos missions ?
ER : De nombreuses fonctions existent déjà mais ce qui fait encore défaut, c’est la capacité d’être vu ou détecté par les autres aéronefs. [Tous les nouveaux modèles de drones DJI lancés après le 1er janvier 2020 et pesant plus de 250 grammes comprendront la technologie AirSense, qui reçoit les signaux ADS-B des avions et des hélicoptères à proximité et avertit les pilotes de drones s’ils semblent se trouver sur une trajectoire de collision]. A ce titre, l’UTM, Unmanned Traffic Management, jouera un rôle majeur dans les années qui viennent car la coexistence est incontournable. L’exemple de la principauté de Monaco est inédit puisqu’une solution technologique permet de faire voler dans un même espace aérien avion, hélicoptère et drone en toute sécurité.

DJI : Parlez-nous du projet caritatif que vous soutenez ?
ER : Les droits d’auteur sont intégralement reversés aux orphelins des sapeurs-pompiers de France. C’est peu de choses mais, en lien avec le directeur du SDIS13, également président de la Fédération Nationale des Sapeurs-Pompiers de France (FNSPF), nous avons souhaité associer enjeu opérationnel et solidarité. Je souhaite donc que chacun soit sensible à cette vocation et que ce manuel répondra aux attentes.

L’ouvrage « Drones, missions de secours de sécurité civile » est proposé par les éditions Carlo Zaglia,  29 €, 82 pages, ISBN : 979-1-0918-1157-6.

12 COMMENTAIRES

  1. Les forces de l’ordre et les pompiers ne devraient pas être autorisés à utiliser les produits DJI. Se fier à une entreprise chinoise pour ces missions est parfaitement déraisonnable de part leur criticité.

    Les requis de sécurité pour le scénario S-3 devrait lui-aussi être revu à la hausse suite à l’accident de Biarritz, les quadrirotors devraient être proscrits pour cet usage. A minima, il faudrait imposer des hexarotors restant manoeuvrables même avec un moteur en panne, et donc interdite Mavic, Phantom et autre Inspiré pour cet usage.

  2. @Jeff demander des prérequis de sécurité à la hausse est un peu la raison pour laquelle DJI et les chinois dominent le marché. La réglementation française limite tellement le marché qu’aucun acteur majeur ne peut s’y développer pour atteindre une taille critique.

    Pour moi l’accident de Biarritz ne devrait surtout pas pousser à mettre de plus grosses tondeuses à gazon en l’air (et un hexa sera toujours une plus grosse tondeuse qu’un quad), mais plutôt à réduire le poids et la masse des engins volants, utiliser des pales moins dangereuses, etc.

    Bref encourager des Parrot Anafi plutôt que des DJI Matrice 600 serait une meilleur approche AMHA 🙂

  3. @Eric

    Le jour où il sera possible de monter une caméra aux performances équivalentes à la zenmuse x7 et un cineSSD sur un Anafi, alors oui ce sera un choix judicieux. Encore que, un enfant a perdu un œil en Angleterre à cause d’un drone de course certainement plus léger que l’Anafi, comme quoi le poids ne fait pas tout.

    En attendant, il ne faut pas trop compter sur le discernement des télépilotes pros pour sacrifier 10000€ de matériel tombé à l’eau plutôt pour préserver la sécurité du public comme à Biarritz. Ils seront toujours tentés de prendre des risques pour sauver leur outil de travail chèrement payé, c’est humain. Dans ces conditions, mieux vaut leur imposer des châssis intrinsèquement plus fiables qu’un simple quadrirotor.

  4. @Jeff oui les racers peuvent sans problème faire une coupure sur un doigt, même au sol et même à bas régime.

    La fiabilité intrinsèque d’un chassis hexa est un argument douteux, la panne moteur n’est pas le seul incident, et la capacité a survivre à une panne moteur d’un hexa… youtube est plein de videos démontrant que ce n’est pas la panacée.

    L’argument qualité video ne me semble pas justifier la prise de risque non plus: les petites caméra 4k sont bien suffisantes pour une visualisation sur smartphone, le support sur lequel la vaste majorité des contenus est consommé de nos jours. Pour les utilisations cinema, ok, mais on entre dans un autre cas d’usage et dans une autre mise en oeuvre.

    Survoler du public avec une tondeuse de 6 ou 10 kg en l’air est irresponsable, 4 ou 6 rotors ne change pas la donne. Vu la techno actuelle, une limite à qq centaines de grammes ferait plus de sens, et on pourrait l’abaisser au fur et à mesure que le techno évolue, surtout qu’en pratique on sert encore plus souvent du HD que du 4K à ceux qui regardent les video… Donc le gain de qualité n’est appréciable que pour une minorité.

    Donc plutôt qu’imposer des chassis encore plus coûteux et dangereux aux pros, autant leur interdire tout simplement les gros chassis et les grosses puissances. Au lieu de dépenser 10000€ sur une grosse tondeuse, ils dépenseront leur 10000€ sur une micro-tondeuse, bcp moins dangereuse. Et en plus c’est bcp plus simple à contrôler.

  5. @Eric
    Un châssis Hexa ne veut pas forcément dire un drone de 6 ou 10kgs.
    Exemple avec le Typhoon H ou le fameux H520 de Yuneec. (moins de 2 kgs comme les phantoms.)
    La redondance est une des bases de la sécurité aérienne. Voler avec 5 moteurs permet d’éviter des chutes brutales suite à plusieurs type de panne: moteur, hélice, ESC.
    Bien sûr si le drone est trop prêt du sol, il n’aura pas le temps de se rétablir. Tout comme un parachute sur les drones “lourds”.

    De nombreux professionnels se plaignent des NoFlyzones de DJI, non seulement leurs périmètres ne correspondent pas à la réglementation française mais même débloquées, elle peuvent empêcher le drone de voler au dessus de 1m. donc le drone devient inutilisable…
    Concernant la confidentialité des données DJI est connu pour récupérer à sa guise photos et coordonnées GPS.
    Là encore le H520 réponds à ces problématiques. Et il va plus loin en permettant de faire une mission malgré des rafales de près de 80km/h. On ne choisi la météo lorsqu’il y a urgence.
    Sa station de contrôle avec écran large intégré est top.
    On est loin du jouet pour enfant ou grands enfants.
    En plus le prix reste du niveau du phantom 4.
    L’Anafi est une alternative très intéressante au Mavic. Mais pas de caméra n’est pas interchangeable comme le H520.

    Petit rappel: le survol du public est interdit en France sauf dérogation préfectorale.
    “Survoler du public avec une tondeuse de 6 ou 10 kg en l’air est irresponsable, 4 ou 6 rotors ne change pas la donne.”

  6. Biarritz et Port-Bacarès, c’est un peu comme Cherbourg et Strasbourg, Annecy et Nancy, en France oui, mais pas du même côté! 🙂

    L’enquête et seulement l’enquête, comme dans tous crash d’aéronef, déterminera qui, du drone ou de l’opérateur, a été défaillant.
    A partir des conclusions du BEA, on pourra parler – ou non – de la “dangerosité” de ces machines.
    Affirmer, comme le fait ce journaliste de pacotilles de France Bleu, que le crash résulte d’un problème de batterie est au mieux de la fake-news pour le buzz, au pire, de la complaisance envers l’opérateur parce qu’à ma connaissance le BEA ne livre aucun détail à la presse à ce stade des investigations.

  7. je suis toujours étonné de voir l’état utiliser un produit dont il ne maitrise pas la captation ou la transmission des données collectées. Dji est le n° 1 mais c’est une entreprise chinoise au service de l’état chinois..
    Par principe, méfiance..
    Nous savons que l’acceptabilité par le public de ses drôles d’engins en occident (soucieux de ses libertés individuelles) est un vrai problème pour le secteur Imaginons qu’un phantom 3 ou 4 utilisé par la gendarmerie a proximité immédiate d’une route de grande fréquentation provoque un accident automobile. Vous voyez le tableau ou les journaux ?

    Vous vous rappelez des 2 accidents mortels avec les voitures autonomes ? elles ont pris 10 ans de retard et une méfiance accrue des citoyens.

    La plus grande crainte des constructeurs ? que le grand public ait la même aversion aux drones qu’il a aux ogm… encore quelques accidents et on y va..

    Une fois pour toute, un produit DJI, pourtant construit “sérieusement” n’a pas la fiabilité aéronautique d’un Airbus.. donc son usage a proximité des populations est une con…ie. Et ce n’est pas un parachute qui met 5 s a se déployer qui modifie la donne.
    Donc les moustiques a distance, ils n’ont qu’a développer des zoom puissants !

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