Intel Falcon 8+ et un peu du futur !

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dsc_0092-1200Le géant des microprocesseurs Intel était absent des multirotors, laissant la place à des concurrents plus axés sur les microcontrôleurs. Il entend regagner le terrain perdu. On l’a vu récemment prendre des participations dans plusieurs sociétés liées à l’univers des drones, aussi bien à destination de l’industrie que du grand public avec Ascending Technologies ou Yuneec. Intel a profité du salon InterGEO qui se tenait à Hambourg, en Allemagne, pour présenter son dernier-né, le Falcon 8+. Le design vous dit sans doute quelque chose : il s’agit d’une forme en V avec 8 hélices, pour laquelle un brevet a été déposé en… 2008 par Ascending Technologies (voir ici). La conception semble bien fonctionner puisque cette configuration reste à l’ordre du jour.

Redondance de… tout !

Le Falcon 8+ d’Intel se distingue de la concurrence avec la présence à bord de 3 versions de certains capteurs, pour multiplier les chances de ne perdre aucune donnée en cas de problème pendant les vols. J’ai assisté à une démonstration de l’appareil, avec une simulation de perte d’un moteur en vol, puis deux. L’équilibre de la machine est maintenu sans intervention du pilote. dsc_0184-1200La radiocommande, un imposant bloc appelé Intel Cockpit, propose un joystick pour gérer tout le pilotage de l’appareil – son principe ressemble beaucoup à celui de l’outil d’InnoRC, dont on a parlé ici. L’autre joystick est dédié au contrôle de la caméra placée sur une nacelle stabilisée à l’avant. Le retour vidéo est assuré par une connexion HD en presque temps réel, entre 30 et 180 millisecondes selon le matériel à bord (et selon Intel). Cet appareil est bien évidemment destiné à l’industrie et aux activités particulières. Mais il constitue une vitrine de ce qu’Intel entend proposer dans un futur proche. Nous avons recueilli les propos de Josh Walden, Manager du New Technology Group, et de Anil Nanduri, Vice President du New Technology Group et General Manager de l’UAV segment.

Josh Warden, Manager du New Technology Group d'Intel
Josh Walden, Manager du New Technology Group d’Intel

Frédéric Botton : Intel s’est lancé sur le marché des drones un peu tard, mais de différentes manières…
Josh Walden : La vision d’Intel, c’est d’interconnecter intelligemment les objets. L’une de nos stratégies consiste à générer un écosystème viable, tout comme nous l’avons déjà fait avec les PC, les objets connectés, les appareils photo et les caméras. Les appareils destinés à des finalités professionnelles produisent beaucoup de données qui via des outils de connexion enrichissent le Cloud et les Data Centers, où elles sont analysées. Le résultat est renvoyé au client. Nous considérons les drones comme une extension de notre écosystème.

FB : Mais tout le monde fait ça, désormais…
JW : L’autre spécialité d’Intel, qui repose sur toute notre expérience au fil des années, consiste à jouer le rôle d’accélérateur. Tout ne fonctionne plus avec un unique processeur, comme ça a été le cas jusqu’à présent sur les premières générations de drones, l’électronique embarquée est devenue beaucoup plus complexe.

FB : Est-ce que toutes les données vont à l’avenir être collectées puis analysées par le Cloud ?
JW : Non, bien sûr, il y a d’ores et déjà 50 millions d’objets connectés, on risque un embouteillage si on ne limite pas les connexions et les envois de données. Certaines données resteront à bord, et ce sera la tâche d’unités de stockage de les prendre en charge. C’est aussi l’un des savoir-faire d’Intel.

Anil Nanduri, Vice President du New Technology Group et General Manager de l’UAV segment dintel
Anil Nanduri, Vice President du New Technology Group et General Manager de l’UAV segment dintel

FB : Vous avez noué un partenariat avec l’opérateur AT&T pour des connexions longue distance. De quoi s’agit-il ?
Anil Nanduri : Nous avons deux axes de travail, le contrôle de l’appareil et la collecte des données à bord. Il faut savoir que les infrastructures de télécommunications actuelles reposent sur un usage au sol, que cela concerne les personnes, les voitures, les trains, les bornes, bref tout ce qui est connecté. Il a fallu repenser leur implantation pour être compatible avec un déplacement en l’air, et refaire des tests de conformité. C’est indispensable pour réussir à optimiser les réseaux, une étape indispensable à leur bon fonctionnement. Nous sommes fabricants de modems pour les réseaux LTE, que nous mettons à l’épreuve de vols réels. La prochaine étape consistera à certifier ces modems chez d’autres opérateurs. Ce ne sont pas des projets qui arriveront dans le grand public, mais les résultats des analyses de données auront un impact sur tous, comme par exemple les données météo, de l’encombrement du réseau routier, des incidents sur les réseaux ferroviaires.

dsc_0164-1200FB : Parlons de la technologie de détection et d’évitement des obstacles RealSense. Quelles sont les améliorations que vous allez apporter à cette technologie ?
JW : La technologie RealSense utilisée dans le Typhoon H est de première génération. Il faut savoir par exemple que les caméras utilisées pour le Typhoon H étaient à l’origine prévues pour des PC. Elles ne sont donc pas optimisées pour des drones. La prochaine génération de caméras sera bien évidemment beaucoup plus petite. Mais ce n’est pas tout, le coût sera aussi réduit. Tout cela permettra de placer plus de caméras à bord. Pour l’anecdote, notre premier prototype de RealSense équipait un drone sur dans toutes les directions, vers le haut vers le bas. Il détectait les obstacles vraiment dans tous les sens ! Mais ce n’était pas une solution économiquement valable.

Le capteur RealSense du Typhoon H de Yuneec.
Le capteur RealSense du Typhoon H de Yuneec.

FB : C’est pour quand, ces capteurs plus petits ?
JW : Ce n’est pas envisageable pour le grand public pour des raisons de coût. Mais nous avons dévoilé un prototype d’accessoire avec des caméras bien plus petites à l’occasion du dernier Intel Developer Forum. La taille n’a pas été dévoilée, ni la date de disponibilité, mais je peux dire qu’il s’appellera R400. Nous avons des experts en algorithmique qui travaillent, dans nos centres partout dans le monde, pour exploiter de manière optimale les données issues de ces caméras.

FB : Il y a une différence de comportement entre le Phantom 4 et le Typhoon H équipé de RealSense…
JW : DJI s’appuie sur du matériel de Movidius pour ses détecteurs. Il faut savoir que nous sommes en train d’acquérir Movidius ! C’est une solution qui consomme peu d’énergie pour de bons résultats, qui sera incorporée dans RealSense.

FB : Vous allez subtiliser Movidius à DJI ?
JW: Non, pas du tout, DJI pourra toujours l’utiliser, ils seront clients d’Intel.

dsc_0111-1200FB : Allez-vous proposer à Yuneec des outils de suivi des personnes et des objets basés sur la reconnaissance des formes ?
JW : Non. Yuneec utilise un accessoire plus efficace, le Wizard, qui dispose de son propre GPS et d’un baromètre altimétrique pour assurer un suivi très précis, bien plus que le suivi par caméra qui ne s’accommode pas d’une image tronquée, lorsqu’on est caché derrière un mur ou un arbre. RealSense s’occupe uniquement d’éviter la collision avec des obstacles. La combinaison des deux offre une solution de suivi très efficace et sécurisante.

intel-drone-alonecopyFB : Intel est présent dans de très nombreux appareils électroniques. Mais la marque est absente dans le domaine des contrôleurs de vol. Pourquoi ?
AN : Nous avons récemment annoncé l’Intel Aero, notre première plateforme avec du Intel Inside ! Elle s’apparente à un vrai ordinateur. Le traitement vidéo est effectué par un processeur Intel quadcore. On peut y connecter un modem, un SSD et une carte SD pour le stockage des données. Le wifi et le Bluetooth sont déjà présents dans le système. Le contrôleur de vol vient s’enficher directement dans cet ordinateur de bord ! RealSense vient aussi s’y interfacer. Le tout constitue la base pour obtenir une sorte d’intelligence en vol, un système capable de réagir à son environnement et à prendre des décisions si le pilote ne fait rien. Un SDK permet aux développeurs de réaliser leurs propres solutions logicielles.

FB : Est-ce que les pilotes de demain seront toujours des pilotes ?
JW : La technologie va évoluer au fil du temps. Je n’ai pas la réponse, mais inévitablement les vols iront dans le sens de l’automatisation. Le Volocopter est une excellente illustration de ceci.

volocopter-dynamische-schnellflugeigenschaftFB : Le Volocopter (voir ici) est très peu connu en France… J’ai cru comprendre que le joystick de contrôle du Volocopter était le même que celui du Intel Cockpit ?
JW : C’est exact. Intel a investi dans e-Volo, l’appareil est autorisé à pratiquer des vols de test en Allemagne. Il a volé avec avec un pilote. Mais sa commercialisation n’est pas pour tout de suite. Il y a encore beaucoup de travail à effectuer, mais cela montre les possibilités de vols autonomes habités. Le Falcon 8+ d’Intel est capable de pratiquer des vols entièrement automatisés, avec une redondance des éléments critiques, il n’y a pas d’obstacle technique pour l’adapter aux vols habités.
AN : Il faut non seulement accomplir le travail technique, le travail réglementaire, mais il faut aussi s’attaquer à la perception d’un appareil automatique dans le grand public. Nous n’y sommes pas encore.

FB : Est-ce que Intel a participé au développement du Breeze de Yuneec ?
JW : Non.

dsc_0147-1200FB : La réglementation se durcit en ce moment. Quelle est la position d’Intel ? Discutez-vous avec les autorités locales et européennes ?
JW : Autant que je sache, chaque pays européen a sa propre réglementation. C’est complexe. C’était encore un peu le cas aux Etats-Unis, avec des règles différentes selon les états. C’est pourquoi nous participons au Drones Advisory Committee pour travailler avec la FAA. Brian Krzanich le CEO d’Intel en est le président. Les discussions sont en cours avec l’industrie et la FAA pour déterminer ce que seront les défis à relever pour obtenir une réglementation satisfaisante qui puisse nous permettre d’avancer. Un travail similaire doit être effectué en Europe pour que la réglementation adoptée permette elle-aussi à l’industrie de s’épanouir. Il y a énormément de peur de cette industrie, partout dans le monde. Notre tâche, parmi d’autres, est de rassurer.

dsc_0193-1200FB : Comment comptez-vous faire ?
AN : Assurer le maximum de sécurité est indispensable. Le Falcon 8+ que nous avons présenté repose sur une redondance des composants critiques. Je suis certain que ce sera une méthode généralisée à l’avenir, y compris dans les produits grand public, parce que le niveau de sécurité requis est le même pour tous ! Les technologies d’évitement d’obstacles comme RealSense vont pouvoir rassurer, mais aussi la limitation de l’enveloppe de vol avec la technique du geofencing, c’est-à-dire des barrières virtuelles infranchissables,. Il faut convaincre tout le monde, sans quoi la réglementation va se durcir par manque de compréhension de la technologie. Après tout, ce que nous voulons tous, ce sont des vols qui ne mettent rien ni personne en danger…

Une vidéo du Falcon 8+ d’Intel

La qualité est médiocre, il s’agit d’une vidéo filmée avec un iPhone et zoomée. Ce qui est intéressant, c’est de noter que le pilote n’utilise qu’une seule manette pour diriger l’appareil. La démo comprend l’arrêt d’un moteur en vol, puis de deux simultanément.

D’autres photos

Josh Walden
Josh Walden

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12 COMMENTAIRES

  1. Et dire que le travaille avec Intel 🙂 Mais sur des choses beaucoup plus terre à terre et moins excitantes, même si technologiquement innovantes 🙁

  2. @ azbloc : Trinity est l’ensemble contrôleur de vol et capteurs. Le design en lui-même a été déposé en 2008 (voir le PDF du brevet).

  3. Dommage que la video ne présente que les qualités déjà connues du Trinity sur le Falcon 8 actuellement dispo….

  4. @Fred : ce que je voulais dire/ savoir c’est quel contrôleur exactement, Intel à seulement “rebadgé” ou
    racheté Trinity ou c’est leurs propre contrôleurs ?

  5. @ azbloc : Le Falcon 8+ est une création d’AscTec. La seule vraie différence est qu’Intel est désormais propriétaire d’Ascending Technologies.

  6. Concernant cet “outil” à destination d’entreprises & de professionnels, se baser simplement sur catalogue / photos pour se faire une opinion, c’est être à mille lieues de la réalité…. et le tarif à la hauteur du produit…

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